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Le Cri de Marseille 02 mars 1924


Le Cri de Marseille article - fomenteurs de révoltés

Les Fomenteurs de Révoltes


Que devons-nous penser de cette vague de ploutocratie qui s'abat sur le monde dit civilisé ? Il faut nous défendre, nous qui travaillons, contre ces exploiteurs des misères publiques. De tout temps, il en fut ainsi d'ailleurs.


Les fournisseurs des légions romaines furent l'objet de la même réprobation justifiée. La race des corbeaux qui vient dépouiller les victimes après la bataille, n'est pas éteinte, malgré les siècles. Combien le progrès est lent et difficile ! Ceux qui n'allèrent point à la bataille veulent avoir le profit de la victoire ! On dirait qu'ils s'évertuent, aveuglément, à justifier le dicton que les adversaires du régime ne cessent de nous répéter: « Démocratie, ploutocratie».


Ce furent les abus monstrueux des riches dans l'empire de Russie; ce furent les spéculateurs éhontés qui vivaient de la douleur des mercenaires qui causèrent la vague de révolte sauvage dont l'histoire ne connaît pas de précédent, qui balaya comme un fétu de paille le trône qui semblait le plus solide du monde.


Il ne faudrait pas que notre république se muât peu à peu en une oligarchie ploutocratique bien plus redoutable qu'une royauté personnelle, parce que l'anonymat mettrait à l'abri de toute sanction les brigandages financiers les plus criminels.


Tout ce monde boursicotier, agioteur, propagateur de fausses nouvelles, venant des quatre coins de l'univers s'entendant, même sans parler la même langue, avec une étonnante facilité, devrait être surveillé et mis dans l'impossibilité de nuire à la masse travailleuse, ouvriers de la main ou du cerveau. Nous laisser à la merci de cette pègre est un crime et une imprudence, c'est plus encore : une sottise.


Malheureusement, des connivences secrètes soutiennent, dans la coulisse, les pires spéculateurs sur la misère publique parce qu'un os est jeté en proie aux appétits sans scrupules.


Les financiers se réfugient dans leur donjon et de là pratiquent avec succès le petit jeu lucratif de la hausse de la livre, du dollar et de la baisse du franc, de la couronne ou du mark.


Mais que tous ces faiseurs prennent garde! Que tous ces tortionnaires qui édifient ou augmentent leur fortune sur le malheur public se rappellent que le régime capitaliste est de nos jours attaqué avec ardeur; qu'ils prennent garde, par leurs procédés malhonnêtes, de précipiter la chute de ce régime et de donner à ses adversaires des armes redoutables pour atteindre cette fin.


Aujourd'hui, dans les milieux les plus tranquilles, les plus pondérés, l'indigna- tion contre les agioteurs sans vergogne monte chaque jour. Que nos financiers se souviennent que les moutons enragés sont terribles. est qu'il plus facile de faire d'un pacifiste un anarchiste, que d'un socialiste.


En Russie, ce furent les moujiks qui s'agenouillaient aux pieds du Petit-Père, et même devant son simple portrait, qui furent les plus terribles, durant les années honteuses de cette révolution non mûrie, parce qu'ils avaient le plus souffert.


Les financiers clairvoyants, dans leur propre intérêt comme dans celui des foules, doivent mettre un frein à leurs ambitions et à leur cupidité ; qu'ils mettent un terme à leur ventrée arrosée de sang et imprégnée de souffrance. La vindicte publique pourrait les terrasser à jamais !


Les révolutions, l'histoire est là pour nous l'enseigner, sont toujours sorties des difficultés de la vie matérielle du peuple. La virulence des passions et des colères s'accroît lorsque la misère sévit. Nous n'en sommes pas encore là, en France, mais, si la pratique des hommes louches qui rôdent dans le pays et tout autour se perpétue, nous ne pouvons savoir où les choses en iront.


Nos gouvernants ne se doutent peut-être pas du danger, parce qu'ils vivent entre le Parlement et le Sénat et non au sein du peuple. Qu'ils se mêlent donc, sans que personne puisse s'en douter, un jour seulement, aux milieux de toutes les classes de travailleurs, depuis le plus modeste manœuvrier jusqu'au petit employé, au fonctionnaire moyen, à l'humble artisan et ils verront quels sentiments animent ces êtres qui souffrent plus que tous les autres du banditisme financier, sans jamais avoir l'espérance d'en tirer le moindre profit.


Les meneurs de révolutions n'ont jamais réussi qu'en s'appuyant sur le mécontentement général. Il n'y a pas d'exemple de soulèvement populaire provoqué par des motifs purement rationnels et philosophiques. Les foules sont loin d'être raisonneuses. Elles se mettent en mouvement sous l'impulsion de la haine, de l'amour, de l'enthousiasme; quand elles sont déchaînées, rien ne les arrête plus.
Au nom de la justice, de l'humanité, et même de l'intérêt des capitalistes et des financiers, que toutes ces spéculations cessent. Que les yeux les plus cupides se dessillent. Qu'ils voient le danger qui les menace.


Balsan-Praville.