| L'Œuvre 24 février 1924 |
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A L'ASSOCIATION FRANCE-ÉTRANGER
Comment devons-nous accueillir les travailleurs étrangers? Il nous reste en France de la grande détresse des années de guerre une certaine nervosité xénophobe. Or, l'appauvrissement de notre natalité nous oblige à faire appel, dans de larges proportions, pour nos campagnes et nos usines, aux travailleur étrangers.
Quelle doit être à l'égard de ces derniers la politique de la France ? Sous les auspices de l'Association France-Etranger, M. de Monzie, sénateur du Lot, a exposé hier les données de ce « problème de réalisme politique ».
Car il ne peut être question, en cette matière, que d'une solution réaliste et urgente. Même si, par un miracle législatif, les mesures préconisées en faveur du relèvement de notre natalité pouvaient avoir un rendement immédiat, c'est dans vingt ans seulement que la France en bénéficierait. Or, dès maintenant, il manque un million de bras à nos effectifs de travailleurs ruraux; il manque à nos usines 300 ou 400.000 ouvriers.
Où trouver cette main-d’œuvre ? Nous avons suffisamment de mal à assimiler sur place les indigènes de nos colonies pour qu'il soit possible de songer à les assimiler aux travaux de la métropole. Il faut donc, qu'on le veuille ou non, recourir aux étrangers.
Mais une distinction s'impose.
L'étranger qui nous intéresse, c'est celui qui reste chez nous, qui s'incorpore à la population, qui crée un foyer. Car j'estime que nous sommes capables d'assimiler. Rentrons dans notre devoir, conclut M. de Monzie. Tous les Français conscients de l'intérêt national, patriotes, réalistes, doivent être avec nous. C'est l'intérêt urgent de la production française qui nous commande d'accueillir les étrangers qui veulent rester chez nous avec la joie, l'orgueil de collaborer à une grande œuvre.
M. Jean Richepin prit ensuite la parole et définit le « programme d'accueil », oeuvre de tendresse et d'amour à laquelle l'Association France-Etranger s'est consacrée.
Nous croyons toujours trouver du nouveau, dit-il. Or, tout cela se trouvait déjà dans la plus vieille civilisation, celle des Hellènes. N'est-ce pas un nommé Socrate qui proclama : «Avant de me sentir citoyen d'Athènes, je me sens citoyen du monde ?»
N'est-ce pas à Athènes aussi que l'on vit les étrangers, les métèques, devenir, au bout de deux générations, des citoyens comme les autres ?
Les poètes sont des fous, mais ils disent des choses simples, conclut M. Jean Richepin. Cette assimilation des métèques dans la cité, c'est un poète qui l'a faite. Il s'appelait Solon, et ce fut lui qui parla de la nécessité, pour qu'Athènes vécût, de recevoir dans son sein des étrangers. « C'est comme cela que la France redeviendra la grande France aimant le monde et aimée du monde. » |







































































