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Ouest-Éclair 02 mars 1924


le radium

Une industrie peu connue : celle du radium


Tout le monde parle du radium et cependant combien peu sont à même d'en connaître l'origine ?
Ce précieux élément n'est jamais à l'état isolé dans la nature; il faut l'extraire de minerais qui le contiennent en quantité infinitésimale et c'est ce qui explique très certainement pourquoi le radium resta inconnu jusqu'à nos jours.


Au début, c'est-à-dire peu après sa découverte, la merveilleuse substance nous arrivait de Tchécoslovaquie sous la forme de pech-blende, oxyde d'uranium contenant des traces infimes de radium; mais peu après, on trouva des minerais de même genre, en Angleterre, en Portugal et même en France, jusqu'au jour où les ingénieurs américains découvrirent de riches gisements radifères au Colorado et dans l'Utah.


Des compagnies puissantes décidèrent alors d'opérer en grand; on établit des routes, on éleva des usines, on amena dans des sites sauvages et montagneux tout un personnel d'ouvriers et d'habiles techniciens; bref, on fit si bien les choses que pendant toute la durée de la dernière guerre, les Etats-Unis eurent, et de beaucoup, le monopole de la fabrication.


Celle-ci est d'ailleurs assez complexe, il faut traiter des quantités énormes de mine- rais pour obtenir fort peu de la précieuse substance; aux Etats-Unis où le sel radifère. appelé carnotite, n'était autre qu'un composé de vanadium, d'uranium et de potassium, il ne fallait rien moins que 400 tonnes en moyenne pour fournir un seul gramme de radium.


Malgré cela, les Compagnies faisaient leurs frais et au delà. Songez en effet qu'au début, le gramme de radium valait 160.000 dollars. Le débit américain le fit tomber peu à peu à 110.000 dollars, et la concurrence aidant il en vint à marquer en ces derniers temps 100.000 dollars seulement.


Ces chiffres paraissent énormes, mais il ne faut pas oublier que la production est extrêmement restreinte. Sans doute on emploie couramment la radiothérapie, mais ce procédé ne fait usage que de sels radifères, jamais de radium pur, afin de pouvoir doser convenablement les effets, tant et si bien qu'on peut évaluer à 182 grammes seulement tout le radium extrait et employé dans le monde jusqu'à la fin de l'année 1921.


J'ajouterai que 80 pour cent de cette quantité totale, soit 146 grammes environ, étaient de provenance américaine ; à cette époque (1921) les minerais extraits en France et en Allemagne avaient fourni 8 grammes de radium, ceux du Portugal, traités chez nous, 9 grammes, et ceux d'Angleterre quelques grammes seulement.


A l'heure actuelle, les hôpitaux et instituts américains détiennent environ 120 grammes du rarissime élément. J'entends que tout cela a un but scientifique, mais nos amis, pas plus que nos anciens alliés, les Anglais, n'oublient jamais la question « dollars » et ce sont eux qui ont fourni à peu près tout le radium employé au cours de la guerre pour rendre lumineux dans l'obscurité les objets d'équipements militaires et les cadrans de montres de nos poilus; or, tout compte fait, il n'a pas été dépensé, pour ce seul usage, moins de 500.000 dollars Au prix du change, c'est bien quelque chose !


Heureux Américains que la guerre a enrichis et qui, par surcroît, possédaient les mines de radium les plus riches du monde ! Hélas! la roue de la fortune est changeante : non seulement à l'heure actuelle, les grandes compagnies américaines « radifères» sont battues par des concurrents, mais leur déconfiture est telle, qu'elles ont dû fermer leurs usines, au point de vue extraction de minerai.


Depuis la guerre le gramme de radium est tombé à 70.000 dollars. Que s'est-il donc passé ? Simplement, la découverte, au Congo belge, de mines plus riches et plus faciles à mettre en valeur. Leur grand centre est à Chenkolobive Kasolo, non loin des riches mines de cuivre de ce district.


Le minerai radifère s'y trouve en poches irrégulières et sous des états différents : on y remarque surtout des sels d'urane associés tantôt au plomb, tantôt au cuivre et au silicium. Seuls, les échantillons à forte teneur sont envoyés en Belgique pour y être traités : à cet effet, on les examine à l'aide d'un électroscope très sensible et on les compare à des échantillons étalonnés et connus d'avance


En raison de cette nouvelle source découverte, les Américains qui purent encore tenir en 1922 grâce à leur stock disponible, furent bientôt contraints d'envisager la fermeture de leurs usines. Malgré une production intéressante de 10 à 12 granmmes, au cours de cette même année, ils préférèrent s'entendre finalement avec les Belges pour leur approvisionnement.


La concurrence devenait en effet impossible en face de la production des mines du Congo qui s'est chiffrée par 23 grammes de radium, depuis le mois d'août 1922 jusqu'en mai 1923.


Grâce à nos voisins, la production totale à l'heure actuelle peut être évaluée à 240 grammes de radium représentant une valeur de 23 1/2 millions de dollars.
Des mines radifères sont donc pour une nation une très bonne source de revenus. Toutefois, ce genre de commerce est assez délicat.


On sait que les sels de radium émettent trois sortes de rayons plus ou moins pénétrants les rayons alpha qui franchissent tout juste des lames métalliques de un dixième de millimètre d'épaisseur; des rayons bêta traversant quelques millimètres d'une feuille d'aluminium; enfin, des rayons gamma, analogues aux rayons X, mais beaucoup plus pénétrants. Ces rayons qui traversent des lames de plomb très épaisses et qui passent à travers le corps humain comme un jet de sable lancé contre un large treillis métallique, sont ceux qu'on utilise surtout en radiothérapie. Aussi, tous les échantillons de sels de radium sont-ils étalonnés par rapport à leur teneur en rayons gamma. En France, c'est l'Institut du Radium à Paris qui se charge de ce soin.


D'autre part, un sel très riche étant reconnu, celui-ci n'est pas encore prêt pour l'utilisation. Suivant l'usage auquel le praticien le destinera, ce sel devra subir une préparation spéciale; il faut des chimistes très habiles et très entraînés pour doser les préparations, faire cristalliser les sels employés, enfermer dans les appareils médicaux les quantités exactes, déterminées pour atteindre tel ou tel but. Généralement, ces quantités sont infinitésimales et les appareils employés constituent des pièces de mécanique de haute précision. Et malgré cela, en beaucoup de cas, le praticien n'est pas toujours maître de la méthode.


C'est qu'en fait, le procédé est tout nouveau, mais les résultats merveilleux déjà obtenus sont un sûr garant pour l'avenir.


Abbé TH. MOREUX,
Directeur de l'Observatoire de Bourges.