| La Presse 03 février 1924 |
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LES LISTES ELECTORALES
J'ai mis une heure pour me faire inscrire! Et je ne suis pas sür de voter En cette période d'inscriptions électorales, qui sera close dans quarante-huit heures, les discours abondent sur les méfaits de l'abstentionnisme et sur le vote obligatoire. Grave affaire de savoir si voter est un devoir ou un droit et si s'abstenir n'est pas, dans beaucoup de cas une façon d'exprimer une opinion !
Simple électeur, minuscule parcelle du suffrage universel souverain, je ne me perdais pas en des considérations générales quand, ce matin, dans un couloir de mairie, j'attendais que s'ouvrit le bureau où sont reçues les inscriptions. Il était neuf heures et demie; inquiet, j'interroge: - Y en a-t-il encore pour longtemps à attendre dans ce couloir ? - Trente à quarante minutes; ça com mence à dix heures... au plus tôt. - Le temps d'attraper un rhume de cerveau ? - Et même de poitrine... Allons, tant mieux! Si la chose parut pittoresque à ma curiosité professionnelle, il me faut dire que les électeurs que m'entouraient montraient quelque impatience. L'un d'entre eux partit. - Je ne voterai pas, c'est trop long! grommela-t-il. Quelques patients furent récompensés : ils étaient inscrits déjà, on leur dit qu'ils l'étaient encore. Ils n'avaient qu'à être contents! Mais l'électeur non inscrit, ou celui qui voulait obtenir un changement d'adresse, éprouvait plus de difficultés : - Montrez-moi votre extrait de naissance.
- Mais vous voyez bien que je suis né:.. - Ce n'est pas suffisant ! Et, tenus par des règlements, sans doute utiles, mais qui pourraient être plus souples, les fonctionnaires exigent des pièces qui ne sont pas toujours d'une stricte utilité. Il y a lieu d'ajouter que les fonctionmaires de mairie se montrent d'une extrême obligeance et qu'il n'y a vraiment pas de leur faute si, dans ces derniens jours d'inscriptions électorales, ils sont submergés par la besogne. Pas assez de fonctionnaires pour recevoir les inscriptions? Complications excessives, paperasseries inutiles? Je ne sais ! Toujours est-il que je sortais de la mairie de mon arrondissement après plus d'une heure d'attente, en me disant que si le temps est de l'argent, j'avais payé déjà cher ma notion du devoir civique. Enfin, heureux d'avoir mon récépissé d'inscription, je jetais sur celui-ci un regard satisfait. Suprise, j'y lus: «La déli vrance du présent récépissé n'implique pas nécessairement l'inscription qui reste subordonnée à la décision de la commission municipale.» Et voilà comment, électeur souverain, je me demande si, malgré mon obstination à voter, je ne serai pas obligé de m'abstenir... JACQUES CHARTRONS.
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