| L'Oeuvre 29 février 1924 |
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POUR UNE VOIX!
L'invitation au voyage
Le 26 février devait avoir lieu, à Rabat, une grande conférence entre le gouverneur général de l'Algérie et les résidents généraux du Maroc et de Tunisie. Toute l'Afrique Française du Nord avait donc les yeux fixés sur la ville de Rabat, où de grandes décisions devaient être prises.
Cependant, le samedi 23, alors que déjà M. Saint, résident général à Tunis, voguait vers le lieu de la conférence, M. Steeg, gouverneur général de l'Algérie, reçut du gouvernement l'ordre d'abandonner sans perdre un instant son gouvernement général, la conférence de Rabat, M. Saint et le maréchal Lyautey pour accourir à Paris.
M. Steeg s'embarqua donc plein d'angoisse, imaginant que le sort même de l'Algérie était en cause, et, à son habitude, il eut le mal de mer. Arrivé à Paris, dès le lundi soir, il se rua chez M. Maunoury, qui, le plus gravement du monde, lui expliqua ceci :
- Vous êtes sans doute gouverneur général de l'Algérie, mais vous êtes aussi sénateur. Nous vous rendons cette justice que, vous absent, votre suffrage n'a cependant jamais fait défaut au gouvernement. Cependant, nous redoutons que, renouvelant une manoeuvre qui s'est déjà produite à la Chambre, un nombre suffisant de sénateurs réclament, dans quelque discussion importante où la question de confiance serait posée, un vote personnel à la tribune. C'est pour cela que nous vous avons fait venir.
- C'est pour avoir une voix de plus! s'écria M. Steeg, étranglé de fureur.
- Oui, répliqua M. Maunoury avec un bon sourire. Les choses en étaient là et le gouverneur général de l'Algérie était fort peu satisfait lorsque, brusquement, le Sénat souleva, dès le lendemain mardi, le problème des incompatibilités parlementaires. A la vérité, personne ne s'attendait à ce débat : ni M. Steeg, ni M. Maunoury, ni le président du Conseil.
On sait à quoi il aboutit et que les sénateurs décidèrent de ne plus autoriser les parlementaires à abandonner leur siège pendant plus de six mois pour remplir une fonction publique.
Comme cette décision, qu'à la vérité les députés n'ont pas encore confirmée, s'appliquait précisément au cas de M. Steeg, personne ne douta, surtout en Algérie, qu'il fût venu en France pour essayer d'empêcher ce vote du Sénat, qui prit ainsi l'apparence d'une manifestation dirigée spécialement contre lui-même.
M. Steeg, qui n'était déjà pas content d'avoir eu le mal de mer et d'avoir manqué la conférence de Rabat, uniquement pour procurer une voix de plus à M. Poincaré, est encore un peu plus furieux de s'être donné l'apparence d'avoir voulu défendre son gouvernement général et d'avoir échoué,
De sorte que, s'il y avait réellement, un de ces prochains jours, un vote personnel à la tribune du Sénat, il ne faudrait pas trop s'étonner de voir le gouverneur général de l'Algérie déposer dans l'urne un bulletin hostile au gouvernement. Dangeau.
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