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Nouvelles des escales

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Le Petit Parisien 17 février 1924


a stars dhollywood

Los Angeles,... février (de not. env. spéc.).

Toute la journée et partout, à domicile ou dans la rue, en visite ou au restaurant, chez l'agent de real estate (1) ou bien au drug stor (2) et puis encore le soir, avant et après le théâtre, où on est allé voir une nouvelle « picture » dans cette cité consacrée au Dieu Film, on ne parle que cinéma, on se meut dans une ambiance de décors, de projecteurs, de maquillage, de celluloid, on est imprégné, saturé, repu et la vie courante, avec ses incidents ordinaires, finit par n'apparaitre plus que comme un accessoire à ce tableau.

Mais parmi tous les sujets plus ou moins techniques, qui reviennent dans la conversation à tout bout de champ, et qu'on ressasse jusqu'à extinction, il n'en est pas un qui soit plus régulièrement au menu journalier que les étoiles, leurs salaires et leur travail actuel, la chronique de leur intimité.
Sans doute, ici, pour nous qui respirons. dans leur atmosphère même, elles se dépouillent de ce prestige quasi divin qui, malgré tant de détails innombrablement divulgués par la presse mondiale sur leur personne et sur leurs goûts (humains, trop humains!) les enveloppe encore aux yeux du public.
Et néanmoins c'est sur elles que se concentre avant tout la curiosité et l'attention de la « colonie ». Un sujet communément discuté est la manière dont tel ou tel « réagit » sous la direction de tel ou tel metteur en scène. Et il faut dire aussi que c'est un métier bien délicat, bien épineux que de diriger une star.
Au surplus, tout dépend de la personnalité du directeur; avec celui-ci, une star réputée intraitable sera un modèle de docilité ou inversement. La méthode de chaque metteur en scène a également de l'influence certains d'entre eux, comme Cecil de Mille ou Marshall Neilhan, ne donnent que des indications aux artistes, leur laissant toute initiative d'interprétation; d'autres, tels que Lubitch ou Charlie Chaplin, jouent successivement tous les rôles, exigent une imitation textuelle de la part des acteurs.

Mary Pickford a des tendances à une certaine vivacité de caractère; mais une fois entre les mains du metteur en scène qu'elle a choisi et à qui elle fait confiance, elle se montre d'une maniabilité parfaite; elle tient à être traitée par ce dernier exactement sur le même pied que ses camarades; et comme elle a remarqué que son prestige d'étoile des étoiles paralyse souvent l'initiative des metteurs en scène locaux, elle a choisi un directeur étranger pour son dernier film Rosita.
L'autre jour, dans Dorothy Vernon, le film qu'elle tourne actuellement, elle était obligée de traîner, dissimulé sous ses jupes, un réservoir à acétylène pesant dix kilos, destiné à fournir de la lumière à une bougie qu'elle portait à la main; ceci, pour traverser un long corridor obscur. On avait jugé qu'une lampe électrique n'aurait pas donné la qualité d'éclairage voulue. Et c'est non pas une fois, mais vingt fois que l'artiste recommençait sa pénible promenade, et cela sans fatigue apparente, sans mauvaise humeur, très simplement!

Douglas Fairbanks sait ce qu'il veut, se montre très autoritaire, et quoiqu'ayant un metteur en scène attitré, mène tout lui-même. Thomas Meighan et Gloria Swanson passent pour extrêmement conciliants.

Nazimova, il y a quelques années, consentait à se laisser diriger, et, alors, elle a eu d'admirables créations. Mais, depuis, elle prétend à l'omniscience; elle s'est faite auteur de ses scénarios, directrice et actrice tout à la fois; les résultats ont laissé à désirer.

Mais celle qui, entre toutes, est douée de tempérament », ce qui, en langage local veut dire « de la tête », c'est Nella Pregi, importée il y a deux ans d'Europe. Pour jouer, elle exige d'abord d'avoir du champagne à sa disposition, histoire de se mettre en train; et comme, vu la Prohibition, c'est une denrée plutôt rarissime, il faut que les « officiels » de sa compagnie se débrouillent pour lui en procurer. De plus, pour elle, il n'existe pas d'heures de présence. En dépit des convocations, elle arrive au studio quand cela lui chante, interrompt le travail quand cela lui plaît, arrange à son gré la mise en scène, remanie le scénario, accorde ou refuse des close up à ses partenaires, assiste au coupage de la bande, élimine d'autorité les scènes qui, pour des motifs personnels, lui portent ombrage, et, à la moindre observation, quitte le plateau... et se retire dans sa loge. Tout cela n'empêche que c'est une bonne artiste et que le jour où elle trouvera un rôle à sa convenance et un directeur capable de la mater, elle « sortira» quelque chose d'exceptionnel.

D'ailleurs, certains prétendent que cette attitude est entièrement voulue et a été (de même que les péripéties de ses fiançailles et puis de sa rupture avec un grand comique) spécialement étudiée pour elle par ses press agents, afin de se faire une réclamé inédite, de se créer une « note à part ».

Car tout est là, à Hollywood, pour une étoile avoir sa marque de fabrique, se distinguer des autres par quelque chose de défini. Et, dans cette matière, les press agents font preuve d'une ingéniosité admirable.
Récemment, les manchettes de tous les journaux annoncèrent, avec des détails à sensation, qu'une artiste connue, comme elle se promenait à cheval aux environs de Hollywood, avait été enlevée par des bandits mexicains. Sensation considérable. On parla d'organiser une expédition pour lui porter secours. Des notables de la colonie offrirent des fonds. Quelques jours plus tard, à l'aube, un policeman faisant sa ronde la retrouva, évanouie, sur une pelouse, devant un bungalow, du côté de Bevery Hill... Elle ne voulut jamais expliquer comment elle avait échoué dans cet endroit, ni ce qu'elle était devenue depuis sa disparition. Mais, en attendant, son nom avait été imprimé plusieurs millions de fois, en première page, dans tous les quotidiens d'Amérique.

C'est là, toutefois, un spécimen de publicité hors série ». La réclame courante exercée autour des étoiles des étoiles femmes opère sur la vie privée et, habituellement, s'exerce sur trois sujets classiques.

Premièrement le bonheur conjugal. Toutes les étoiles, à un moment donné de leur vie, se trouvent, ou bien mariées, et alors ce sont des chants d'allégresse concernant leur félicité d'épouses, ou bien en instance de divorce, et ayant déjà fait choix du remplaçant, qu'on nomme sans ambages, et dont on proclame les louanges avec conviction.
Deuxièmement : les mères. Elucubrations et développements lyriques sur l'amour filial des étoiles pour leur sainte mère, sur la bonté et le dévouement de leur mère, sur la vénération qu'elles ne cesseront jamais de professer pour les conseils de leur mère! Parfois, c'est assez comique; car, dans le moment même qu'un article larmoyant et attendri paraît dans quelque magazine sur la piété filiale de miss X... (avec illustrations, ce qui est parfois dangereux, car on y voit l'étoile aujourd'hui... et vingt ans après), on apprend que, justement, miss X... vient d'intenter un procès à sa mère, pour avoir dilapidé des fonds dont elle avait la charge!

Enfin, troisièmement: il est bien porté d'adopter un enfant, surtout pour celles qui ont la spécialité des rôles de vamp (vampire, mauvaise femme), et de racheter ainsi, par un étalage de vertus exemplaires, l'immoralité (oh! bien relative, car il y a la censure) des personnages interprétés.
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Par ailleurs mais ceci on évite plutôt d'en parler parce qu'on estime que c'est trop terre à terre beaucoup d'étoiles ont des affaires « à côté » où elles investissent une partie de leurs appointements et qui, en général, leur procurent d'appréciables bénéfices supplémentaires. Ruth Rowland et Helen Chadwick « font » dans le real estate. Viola Dana est propriétaire d'un garage sur Hollywood-Boulevard. Wanda Hawley possède une blanchisserie Theodore Kosloff. dirige une académie de danse très achalandée. Dans leurs ranches respectifs, Conrad Nagel fait pousser des cantaloups; William Russell élève des dindes, tandis que William Hart fait de la culture et donne des soins affectueux à son vieux et célèbre cheval Pinto (ils se sont mutuellement et plusieurs fois sauvé la vie).

D'autres étoiles, à l'exclusion de toute occupation rémunératrice en dehors de leur business légitime, se distinguent par des hobbies (manies. goûts) variés !
Priscilla Dean est férue de meubles de style. Louise Fazenda est une lectrice acharnée. Will Rogers, en digne cow boy qu'il est, s'adonne couramment au travail du lasso. Charlie Chaplin aime les promenades solitaires et pêche volontiers à Catalina Island où la mer est si transparente qu'on en voit le fond à travers trente mètres d'eau. Shirley Mason aime à coller des papiers peints et à découper des images dans les couvertures des magazines (elle est restée aussi enfant que les rôles qu'elle interprète). Claire Windsor occupe ses loisirs à acheter des chapeaux. Et Douglas Fairbanks et Mary Pickford possèdent, sur la côte du Pacifique, entre Saint-Jean-Capistrano et San Diego, une propriété « secrète » où, dès qu'ils ont deux jours de liberté, ils vont se réfugier à l'abri des importuns, font des courses, pieds nus et vêtus de hardes, sur la grève. ou bien, étendus sur le dos, rêvent tout leur saoul au chant des flots céruléens.

Valentin MANDELSTAMM.