| L'Ouest-Éclair 24 février 1924 |
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DE BÂBORD A TRIBORD
MM. Lebureau et la biche amphibie
Tous les journaux ont signalé cette semaine L'extraordinaire aventure de cette biche qui, poursuivie par des chasseurs à l'embouchure de la Rye (Angleterre), se jeta résolument à l'eau et fut pêchée par les matelots de la barque Sain-Joseph, d'Etaples, qui la ramenèrent au port.L'histoire n'était pas banale, mais M. Lebureau se chargea d'y ajouter un chapitre burlesque.
Les pêcheurs étaplois revendiquaient la bête comme épave; ils avaient compté sans la douane qui ne perd jamais ses droits. Celle-ci déclara qu'il s'agissant de contrebande et, ce qui est plus grave, de gibier importé en temps prohibé. Que faire de la biche ? On la mit en fourrière dans une écurie d'Etaples. Puis les deux partis soumirent leur litige aux autorités compétentes, à Boulogne. Ce fut un affolement général chez les ronds-de-cuir qui, ayant compulsé textes et circulaires, finirent par transmettre un long dossier à l'Administration centrale, à Paris.
Entre temps le général Pitt, maitre de chasse de S. M. Britannique, demanda et obtint des autorités françaises que l'animal ne soit pas abattu, car, paraît-il, les chasseurs anglais conserver leurs droits.
Tout semblait donc s'arranger et on s'apprêtait à ramener la bête en grande pompe en Angleterre. Hélas! ils ont aussi leur M. Lebureau de l’autre côté de la Manche. Le ministère de l'Agriculture a en effet avisé le général Pitt qu'en raison de l'épidémie de fièvre aphteuse qui sévit en France, la biche, si elle était ramenée en Angleterre, devrait être mise en quarantaine.
La bête, pendant ce temps, se régale aux frais de l'aubergiste qui l'a recueillie et qui trouve la farce de mauvais goût. Quant aux matelots du Saint-Joseph, ils renoncent à tout jamais à la pêche à la biche.
René BARBIER.
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