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Le Cri de Marseille 03 mars 1924


LE CANAL DE MARSEILLE AU TUNNEL DU ROVE


Entre le cap Janet et l'Estaque, sur plusieurs kilomètres de longueur, on a construit une petite digue longeant la côte jusqu'au tunnel du Rove. par des profondeurs de 3 à 4 mètres.
Cette digue est destinée à abriter le futur et fameux canal de Marseille à Caronte et, par suite, le passage des nombreux chalands que notre Chambre de commerce voit, en imagination, circuler entre les deux ports.


Voici plus de 10 ans que cette digue est construite et le tunnel du Rove ne sera pas terminé avant 4 ou 5 ans. On a donc jeté à l'eau un ou deux millions qui ne deviendront utiles, s'ils le deviennent jamais, que dans quelques années.


Voilà bien un exemple frappant de l'incurie de la Chambre et de l'administration des Ponts et Chaussées maritimes. Ne pouvaient-elles pas attendre pour construire cette digue que le tunnel du Rove fût achevé ? On y aurait gagné l'intérêt de l'argent avancé en pure perte. En ne comptant cet intérêts qu'à 5 %, et sans le composer, le total s'élève en 15 ans, pour un capital d'un million, à 750.000 francs, stupidement gaspillés. C'est bien là du gaspillage et de la dilapidation des deniers publics!


Notre Chambre de commerce s'est élevée violemment, à plusieurs reprises, contre la mauvaise administration des services d'Etat et elle doit reconnaître avec nous, que la sienne est encore plus mauvaise. Elle devrait être rendue responsable pécuniairement de ce gaspillage.


Encore si elle avait fait approfondir l'espace compris entre la digue et ia terre, les chalands auraient pu y circuler et les expéditions de briques et tuiles par mer en auraient été facilitées; de même qu'un service de batelage aurait pu être organisé entre Marseille et l'Estaque. Ce service, plus rapide que celui des tramways, aurait présenté de sérieux avantages pour la population, surtout celle ouvrière qui travaille dans le port. Mais non, on a laissé les profondeurs telles que la nature les a faites, de sorte qu'elles sont très inégales et ne dépassent pas 0 m. 50 à 0 m. 70.


La digue isolera de la terre les futurs bassins Nord et les rendra pratiquement inexploitables à cause des franchissements de pont. Peut-être cette disposition a-t-elle été préméditée par la Chambre de commerce pour mettre obstacle à la construction de ces bassins et favorisera l'édification du port de Caronte au détriment du nôtre.


Lorsqu'un navire prend feu dans les bassins et qu'on ne peut éteindre l'incendie, le Service du port le fait conduire à Mourepiane où on l'échoue et le saborde. Ce procédé héroïque a du bon, mais le navire coulé bouche la passe de Saumaty et barre le futur canal. Lorsque les chalands circuleront dans le canal, s'ils y circulent jamais, la manœuvre d'échouement deviendra impossible. Alors, on coulera le navire au large de la digue par des fonds de 10 mètres environ où on ne pourra songer à sauver l'épave et la cargaison.


L'idée mirifique qu'a eue la Chambre en construisant cette digue portera donc un préjudice énorme aux armateurs, comme aux chargeurs et aux assureurs. Pour les gens qui n'ont que du bon sens, mais qui ne sont pas membres de la Chambre de commerce, il saute aux yeux qu'à partir de la pointe de Mourepiane jusqu'au cap Janet où la jetée-abri protège parfaitement l'avant-port, un canal le long de la terre est totalement inutile pour mettre les chalands à l'abri. Que l'on s'empresse donc de démolir cette digue dans toute cette région et de remblayer l'espace compris entre elle et la terre. Cet argent-là ne sera pas gaspillé ou du moins ne le sera que parce que la Chambre aura fait des sottises en construisant sa digue. Il faut savoir faire les sacrifices qui s'imposent. Ainsi disparaîtra le futur bassin de stationnement prévu sous le cap Janet et où les chalands ne séjourneront jamais, car ils n'auront rien à y faire !


Pour résumer, dans cette affaire comme dans toutes les autres d'essence maritime, la Chambre de commerce a fait preuve d'une nullité crasse en matière maritime, administrative et financière. Va-t-on la laisser continuer longtemps son œuvre néfaste pour les intérêts vitaux de notre port et de notre cité ?

L. Sosten, Capitaine au long cours, Conseiller municipal.

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