| L'Oeuvre 12 février 1924 |
![]() |
|
Combien les victimes des inondations ont-elles touché?
Rien...
Le long des berges entre lesquelles la Seine et la Marne roulent maintenant des flots assagis, les riverains pansent les blessures que l'inondation fit à leurs demeures.
A Joinville, un homme, en bras de chemise, armé d'un gros pinceau et d'un petit pot de bleu, repeint une barrière :
- Alors on répare ?
- Pas aussi bien qu'on le voudrait. Comment ? L'Etat ne vous est-il donc pas venu en aide ?
- Vous voulez parler des 15 millions votés par les Chambres ? Nous n'en avons pas encore touché un sou.
Car le crédit voté par les Chambres attend sans doute encore que les commissions de répartition aient fini leur travail. Ensuite il n'est pas tout entier pour la région parisienne. Et puis, quand il sera distribué, quand toutes les influences officielles ou occultes auront agi, combien toucheront les véritables sinistrés ?
Pour le moment, ceux-ci n'ont obtenu que des sacs de chaux pour la désinfection et encore pas en quantité suffisante. Car, comme toujours les prévisions officielles furent bien au-dessous des besoins.
Et aujourd'hui le Département de la Seine réclame aux communes le prix des sacs de chaux...
Pourquoi l'Etat ne prête-t-il pas d'argent aux sinistrés ?
Les sinistrés ne demandent pas l'aumône, nous dit M. Girod, vice-président de la Fédération des inondés. Que l'Etat leur prête. simplement un peu d'argent. En 1910, la caisse des Dépôts et Consignations avait été autorisée à faire aux sinistrés des avances remboursables par mensualités chez le percepteur et garanties par le terrain dont ils étaient propriétaires.
Pourquoi ne fait-on pas de même cette année ?
C'est la question que se posent tous les riverains.
J'avais un piano mécanique, me dit le patron d'un petit café des bords de la Marne. Je l'avais hissé sur des tables pour le protéger de l'eau qui avait envahi ma sale. Une table s'est effondrée. Mon piano est tombé dans l'eau. On me l'a repris pour 500 francs et j'ai été obligé d'en racheter un autre 3.500 fr.
« Pour faire ces dépenses, il faut que j'emprunte, car tout doit être remis en état avant Pâques, date où sur les bords de la Marne commence la « saison ».
Emprunter, mais comment ? comment ? puisque I'Etat s'y refuse. C'est alors que sur les rives de la Seine et de la Marne s'est abattue une bande de trafiquants et de prêteurs à gage.
- J'avais besoin de 10.000 francs pour remettre mon établissement en état, me dit un autre riverain. On est venu me les offrir. Seulement on m'a demandé 9 % d'intérêt, 5 % de déplacement de fonds, 5% pour un vague intermédiaire et 500 francs pour la personne qui m'avait mis en rapport avec ce généreux prêteur.
Des marchés pareils se passent dans toute la région sinistrée. On voit des terrains, des villas achetés à vil prix par des acquéreurs de passage à des propriétaires découragés ou ruinés.
L'Etat, en refusant le prêt aux sinistrés, en retardant la distribution des secours, veut-il donner le temps aux trafiquants de toute espèce d'accomplir leur triste besogne et consent-il, après n'avoir pas su préserver de l'eau les riverains de la Seine et de la Marne, à les livrer à des usuriers ?
|







































































