| L'Oeuvre 17 février 1924 |
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POUR LOGER LES AUBAINS ON EXPULSE LES PARISIENS
Déjà, lors de la rentrée de novembre dernier l’Œuvre signalait les difficultés que les étudiants de province trouvaient à se loger au Quartier Latin. Les hôtels étaient combles, les meublés introuvables. On contait la mésaventure arrivée à un groupe de jeunes gens qui, toute une nuit errèrent au long des rues des 5e et 6e arrondissements sans trouver une seule chambre où déposer leur valise.
Des mois ont passé. Tant bien que mal plutôt mal que bien les étudiants ont fini par se caser au prix fort dans les hôtels du quartier.
Mais les Jeux Olympiques approchent, qui vont amener à Paris des milliers d'étrangers. Le Quartier Latin, déjà plein à craquer, va avoir sa part de visiteurs, Et déjà on se préoccupe de leur faire place.
Le procédé est simple: on expulse les étudiants. Déjà un hôtelier, près du Jardin des Plantes, vient de refuser la clef à une dizaine d'entre eux, en leur déclarant « qu'il était obligé de modifier ses procédés commerciaux ».
Ailleurs, on a purement et simplement supprimé la location « au mois ». Une chambre « à la nuit » se paye 12 francs. Vous pouvez provisoirement la conserver pendant 30 nuits; mais cela vous coûte exactement 360 francs. Pas un sou de moins.
Certains hôteliers enfin - et ceci ne s'est pas produit seulement sur la rive gauche - imposent à leurs locataires un déménagement qui les relègue sous les toits. Il faut bien, n'est-ce pas, que nos hôtes du pays des dollars et du pays des florins soient satisfaits !
Il n'y a pas seulement là une forme de spéculation contre laquelle on ne saurait protester trop énergiquement. Il se manifeste aussi à l'égard de tout ce qui n'est pas américain ou hollandais un sans-gêne inadmissible.
Nous serons très heureux d'accueillir à Paris nos amis de l'étranger. Mais ce n'est peut-être pas une raison pour que la vie soit rendue impossible aux Français de Paris.
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