| L'Oeuvre 17 février 1924 |
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ON BOURRE LE CERVEAU ON NÉGLIGE LA SANTÉ DE NOS ÉCOLIERS
Vos enfants travaillent trop tôt, trop et mal; les nôtres ne travaillent pas assez, me disait, l'année dernière, quelque temps avant de mourir, l'illustre. physiologiste anglais A.-D. Waller.
La vérité est que le nombre des lycéens et des collégiens malades et surmenés est, cet hiver, considérable. Une ligue s'est fondée en vue d'améliorer l'hygiène physique, intellectuelle et morale des écoliers. Elle a tenté d'organiser la collaboration des familles, des professeurs et des hygiénistes. Il n'est pas en son pouvoir d'empêcher qu'en six années nos enfants n'apprennent le français, le latin et le grec, une langue étrangère, l'histoire de leur pays et l'histoire générale, la géographie, la philosophie, l'arithmétique, la géométrie, l'algèbre, la mécanique, la physique, la chimie et l'histoire naturelle. Cette instruction de catalogue surmène les intelligences à peine formées. Ce surmenage, joint aux influences héréditaires, à une époque où la lutte pour l'existence provoque tant de troubles nerveux chez les parents, détermine chez un tiers de la population scolaire un état de susceptibilité nerveuse anormal et une extrême prédisposition aux maladies. Que faire pour changer cet état de choses? Les remèdes sont simples. Tout le monde les connaît. Personne n'ose endosser la responsabilité de, les appliquer. Les enfants et les adolescents ne dorment pas assez. Il leur faut neuf heures de sommeil. Si on ne leur en donne que huit ou sept, ils dormiront en classe ou à l'étude. Il est préférable de les laisser dans leur lit. Huit heures de travail quotidien bien employées sont un maximum pour les jeunes gens; cinq heures suffisent aux enfants, avant la douzième année. Pendant la période de lutte qui précède les examens, on peut atteindre neuf heures de travail. C'est une concession qui n'est pas recommandable. Le tiers de la journée doit être consacré aux repas, à la toilette, aux jeux, aux arts d'agrément. Les élèves mangent trop vite; leurs ablutions sont trop sommaires. Une piscine chauffée de petites dimensions devrait être construite dans chaque lycée. Elle permettrait d'assurer la propreté et le délassement des élèves. Les Anciens prétendaient que le degré de civilisation d'un peuple se mesurait nombre de ses piscines. Ils nous classeraient aujourd'hui au nombre des barbares. On a diminué les heures d'études, mais on n'a pas diminué les programmes, de sorte que le surmenage intellectuel est aujourd'hui extrême. L'allègement des programmes !... Le ministre avait pris des engagements dans ce sens. Le remaniement a eu lieu et, quand il a été terminé, on a constaté qu'il s'était traduit, en fin de compte, par une augmentation des charges. Pourquoi ? Parce que les auteurs responsables du programme sont des spécialistes éminents dans leur ordre et qui prennent toujours la défense de leur spécialité. Tous réclament leur part et s'efforcent de la faire aussi importante que possible..
On a fait une loi pour limiter le travail des enfants dans les usines. Pourquoi n'en ferait-on pas une autre pour réglementer le travail dans les écoles ? C'est la santé et l'avenir de la population française qui sont en jeu. Nos adolescents sont obligés à des travaux forcés intellectuels auxquels pas un homme mûr ne consentirait à se soumettre pendant six ou sept ans. Ils inspirent à beaucoup d'élèves l'horreur de l'étude. si bien que ces jeunes gens ne peuvent plus se réconcilier avec elle et qu'ils se privent ainsi de l'une des plus douces et des plus fidèles jouissances de la vie. Sans doute beaucoup subissent sans trop de dommages le système d'instruction qui leur est imposé, grâce à l'admirable flexibilité dont jouit l'organisme de l'adolescent et à la résistance surprenante qu'il oppose aux causes de destruction. Mais ils épuisent dans cette lutte des forces qui leur seraient précieuses pour les batailles de l'avenir et certains ne se relèvent jamais de l'épreuve. Seules, les têtes les plus solides traversent sans faiblir cette période difficile. Dr Maurice Lebon. |







































































