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Rafiots et compagnies

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Nouvelles des escales

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Le Figaro 03 février 1924


T. S. V. P.
Petites histoires de tous et de personne
Sous ce titre, MM. Bienstock et Curnonsky viennent de réunir en un volume, qui paraîtra ces jours-ci chez Crès, une foule de ces anecdotes et de ces bons mots qui: sont le plaisir d'un instant mais qu'on oublie trop vite. Nous sommes heureux de reproduire ici quelques-uns de ceux qui ont trait aux gens de lettres et de théâtre…
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Un jour, Charles Nodier, lisant à l'Académie ses remarques sur la langue française, parlait de la règle qui veut que le « t » entre deux voyelles ait d'ordinaire, et sauf quelques exceptions, le son de « s »
Vous vous trompez, Nodier, cria Emmanuel Duraty, la règle est sans exception.
Mon cher confrère, répliqua aussitôt. Nodier,
« faites-moi Lami-c-ié de de répé-cer seulement la moi-cié de ce que Vous venez de dire, car je suis sourd à faire pi-c-ié. »
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Voltaire et Piron s'étaient défiés a qui écrirait la lettre la plus concise. Piron se tint tranquille, se réservant la réplique on était maitre du choix de la langue. Voltaire, prêt à partir pour la campagne, écrit à Piron ces mots Eo rus (je vais à la campagne) se croyant sûr de la victoire; mais l'auteur de la Métromanie lui répondit sur-le-champ par cette lettre en une lettre : I (va).
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A une époque où l'on parlait beaucoup d'un homme arrêté sur une lettre de cachet suspecte de fausseté, Voltaire demanda au lieutenant de police Hérault ce qu'on faisait à ceux qui fabriquaient de fausses lettres de cachet.
- On les pend, répondit Hérault.
- C'est toujours bien fait, dit Voltaire, en attendant qu'on traite de même ceux qui en signent, de vraies.
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Rivarol, en 1792, disait des souverains coalisés contre la France :
Ils ont toujours été en arrière d'une année, d'une armée et d'une idée
Rivarol disait du chevalier P... d'une malpropreté remarquable:
- Il fait tache dans la boue
Et Pierre Veber disait d'un écrivain bien connu pour sa négligence physique :
- Il change de linge sale.
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On demandait à Fontenelle mourant: Comment cela va-t-il ?
Cela ne vas pas, dit-il, cela s'en va
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Rivarol disait de Condorcet:
- Il écrit avec de l'opium sur des feuilles de plomb..
Et de Mirabeau :
- Il est capable de tout pour l’argent, même d'une bonne action.
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Le confesseur de Malherbe lui representait le bonheur de l'autre vie avec des
expressions très vulgaires et peu correctes. Le poète l'interrompit en disant
- Ne m'en parlez pas, votre mauvais style m'en dégoûterait..
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Putz, directeur du journa! la France, dit un jour à Georges Feydeau :
- Savez-vous ? Je viens d'acheter une maison pour la rédaction de la France.
- Vous pourrez y loger vos abonnés, répondit Feydeau.
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A la représentation d'une pièce d'Emile Augier au Français, Alexandre Dumas fils, qui était assis près de l'auteur, lui dit en indiquant un spectateur endormi
- Voyez un peu quel effet produit votre oeuvre.
Quelque temps après, comme on jouait au Français une pièce de Dumas fils Emile Augier, en regardant bien, finit par découvrir, aux fauteuils un spectateur endormi. Il l'indiqua a Dumas et
- Vous voyez, cher ami, l'effet que produit votre œuvre.
Alexandre Dumas regarda et répondit:
- Ah oui, je le reconnais c'est le même spectateur que l'autre soir; il ne s'est pas encore réveillé.
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Alexandre Dumas père, à un insolent qui le traitait de « Nègre », répondit:
- Oui, monsieur, mon père était mulâtre, mon grand-père était nègre, mon arrière-grand-père était singe. Ma génération commence là où la vôtre finit.
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Une jeune fille demandait à Bergerat de lui écrire quelque chose dans son album
- Mais quel intérêt représente mon autographe? dit modestement l'écrivain.
- Comment, cher, maitre, vous qui êtes si célèbre
-Ah! vous croyez ça? Eh bien ! je vais vous, raconter ce qui m'est arrivé l'autre jour je me suis trouvé dans une société où l'on jouait aux charades. Une dame proposa celle-ci Mon premier est une berge, mon second est un rat, et mon tout est le gendre de Théophile Gautier ? Et tout le monde de s'écrier: Catulle Mendès!…
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Un ironisle célèbre, prié d'écrire « quelque chose » sur un Album de pensées, improvisa ce petit quatrain:
Je suis un pauvre homme
Que ça ne fait pas rire
D'être obligé d'écrire
Sur cet Album.
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Adrien Hébrard disait : « Chaque homme a l'âge qui le sépare de la mort. »
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Trislan Bernard est assis dans un restaurant à Nice. Il appelle le garçon : Garçon ! Je ne puis manger cette soupe! Le garçon empressé emporte l'assiette et présente la carte à l'illustre humoriste. Tristan Bernard prend le menu choisit le polage bisque. Le garçon l’apporte. Une minute après, Tristan Bernard l'appelle de nouveau : Garçon, je ne puis pas manger ce potage! Le garçon, n'y comprenant rien, appelle le gérant. Celui-ci accourt et dit très respectueusement à Tristan Bernard :
- Qu'est-ce qu'il y a, monsieur ? Tous les clients trouvent ce polage excellent et m'en ont fait des compliments. Mais je ne dis pas le contraire, répond Tristan Bernard, seulement je n'ai pas de cuillère.
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Victor Hugo, qui était assis. à côté de Gounod à la première de Lohengrin, demanda à l’illustre compositeur:
- Comment trouvez-vous cette musique?
- Je la trouve octogone, répondit Gounod
- J'allais vous le dire, répliquá-Hugos
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Swift, étant prêt à monter à cheval, demanda ses bottes son domestique, les lui apporta.
- Pourquoi ne sont-elles pas nettoyées demanda Swift.
- C'est que vous allez les salir tout à l'heure dans les chemins j'ai pensé que ce n'était pas la peine de les décrotter.
Un instant après le domestique ayant demandé à Swift la clef du buffet.
- Pourquoi faire lui dit son maître. Pour déjeuner.
- Oh! dit Swift, comme vous aurez encore faim dans deux heures d'ici, ce n'est pas la peine de manger à présent.
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Le fameux père Grisier, alors directeur de l'Ambigu, relevait d'une forte crise de rhumatisme. A sa première sortie, il rencontra dans la rue un de ses créanciers qui, après lui avoir demandé de ses nouvelles, ajouta :
- Et quand, enfin, me rendrez-vous les cinq mille francs que vous me devez depuis trois ans.?
Papa Grisier, très digne, répondit simplement:
- Monsieur, quand on a souffert comme je viens de souffrir, on ne doit plus en a personne
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Le pianisle Kalkrenner tenait beaucoup à la particule « von» qui précédait son nom, et en faisait étalage en toute occasion.
-Savez-vous, dit-il un jour à quelqu'un de sa connaissance, que la noblesse de ma famille remonte aux croisades? Un de mes ancêtres a accompagné l'empereur Barberousse.
- Au piano? demanda l'autre.
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Rameau, rendant visite à une belle dame, se lève tout à coup de dessus sa chaise, saisit un pelit chien qu'elle avait sur ses genoux et le jette subitement par la fenêtre. La dame épouvantée:
- Eh! que failes-vous, monsieur ? Il aboie faux, dit Rameau avec indignation.
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A une soirée chez Rossini, une dame, invitée à chanter, faisait beaucoup de manières pour s'y décider. Elle devait chanter un air de Sémiramis.
- Ah! cher maitre, que j'ai peur ! soupirait-elle.
- Et moi donc, dit Rossini.
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L'abbé Arnaud admirateur passionné de Gluck eut une fois un mot exquis
- Enfin, disait devant lui un méchant, la musique d'Alceste est tombée.…
- Oui, répondit Arnaud, tombée du ciel.
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Un grand acteur qui dirigeait une scene bien parisienne avait un fils un enfant prodigue - qui puisait volontiers à la caisse du théâtre. Si bien qu'à la fin l'ordre fut donné au caissier de refuser.
Or, un jour le caissier vint trouver le patron et lui dit:
- Monsieur, votre fils est là et demande de l'argent. Faut-il marcher ?
- Oui, répondit le grand artiste, marchez, mais sur la pointe des pieds.
Quelqu'un disait à l'érudit et spirituel chroniqueur Paul G..., vieil habitué de la Comédie-Française:
- Je ne comprends pas que vous passiez toutes vos soirées dans ce théâtre, où il serait vraiment temps de rajeunir les cadres.
- Ah! mon ami, repartit Paul G.… et les tableaux, donc !
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Guitry recevait beaucoup dans sa loge el, entre autres gens, des raseurs en place qu'il ne pouvait éconduire sans formalités. Il venait d'être obligé d'accepter l'invitation à déjeuner d'un de ces personnages. Mais aussitôt que celui-ci eut tourné les talons, l'artiste appela son habilleuse.
- Tu vas écrire à ce sinistre crétin je ne puis pas déjeuner avec lui parce que...
A ce moment, il entrevit dans une glace l'importun, qui n'avait fait qu'une fausse sortie. Alors Guitry, ne perdant pas son sang-froid:
- ... parce que je déjeune avec monsieur.
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Ce bon Paul Mariéton qui sut si bien organiser les représentations au Théâtre Antique, d'Orange, eut un jour un mot. OEdipe Roi venait de s'achever parmi les acclamations délirantes. Le grand Mounet Sully s'était surpassé. Toute l'arène debout et frémissante lui faisait une ovation sublime Or, le milliardaire américain Carnegie, qui assistait à ce triomphe, se fit présenter à Mariéton et lui demanda combien il faudrait de dollars pour organiser le même spectacle en Amérique. Le bon Mariéton se dressa, cambra sa ronde taille et désignant le ciel et le mur auguste du Théâtre, répondit avec ce begaiement qui ajoutait un charme de plus à son accent méridional.
- Mon... mon... monsieur Ca... Car- negie... il faudrait deux mille ans !

Bienstock et Gurnonsky.

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