| Excelsior 29 février 1924 |
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LE PROCES DE MUNICH
La déposition de l'accusé Kriebel
MUNICH, 28 février. L'audience du malin a été marquée par, plusieurs incidents.
Le premier est le retard considérable avec lequel la séance a été ouverte, A 9 heures, ni les accusés ni la cour n'ont paru. On apprend que, par suite d'une forte chute de neige, Ludendorff a eu une panne d'auto. Une auto de secours est partie à sa rencontre et, à 9 h. 20, l'ancien quartier-maître général paraît, après avoir subi le feu habituel des photographes.
L'audience s'ouvre enfin à 9 h. 45. L'avocat de Hitler précise que le capitaine Erhardt, dont la défense a demandé la comparution pour éclaircir l'attitude de von Kahr. habitait la même maison que l'accusé Kriebel, l'étage au-dessus, et s'étonne qu'on n'ait pas pu l'atteindre
Du reste, ajoute-t-il avec véhémence, Erhardt ne nous intéresse plus en qualité de témoin. On a menacé Erhardt de l'arrêter s'il comparaissait ici comme témoin je n'attaque pas le ministère public, mais je le prie de vouloir bien établir de qui émane celte menace.
Les déclarations de Kriebel
On passe à l'audition de l'accusé Kriebel. C'est, en quelque sorte, le chef d'état- major des troupes de Hitler; il devra expliquer comment celles-ci ont obtenu des armes, notamment des canons; c'est lui qui aurait préparé, d'accord avec von Lossow, le plan de campagne des troupes bavaroises contre l'Allemagne du Nord, mais ce plan semble n'avoir jamais existé que sur le papier et les préparatifs du coup de force étaient tellement insuffisants qu'il était forcément condamné à échouer.
Von Lossow a dû s'en rendre compte; de là, vient sans doute son revirement de la dernière heure et celui de von Kahr; celui-ci avait encore d'autres raisons d'hésiter: la répugnance des milieux monarchistes bavarois fidèles aux Wittelsbach et sans doute l'opposition formelle du prince Rupprecht et du cardinal Faulhaber.
Mais jusqu'à présent on a l'impression que c'est la hâte de Hitler et de ses compagnons fanatisés par la date du 9 novembre, anniversaire de la révolution allemande, qui a fait échouer la tentative; s'ils avaient attendu quelques semaines de plus, ainsi que semblait le désirer von Kahr. Seisser et von Lossow, jusqu'à ce que les pourparlers avec les conjurés de l'Allemagne du Nord eussent abouti et que les préparatifs eussent été terminés, le coup d'Etat aurait sans doute réussi et l'Allemagne aurait aujourd'hui un tout autre gouvernement.
Kriebel injurie violemment le général von Metz, qui lui aurait, paraît-il, infligé un affront au cours d'une mission dans le Palatinat. Il rappelle qu'il se trouvait à Spa à l'armistice. En quittant cette ville, il cria à la population qui le sifflait: « Au revoir, dans quelques années». A ce moment, il aurait juré de n'avoir ni repos ni trêve avant d'être parvenu à son but : la revanche de l'Allemagne.
Kriebel a également collaboré à la formation de la garde civique bavaroise Echerich et reproche à von Kahr de l'avoir dissoute. Il a déployé une grande activité en faveur du rattachement de l'Autriche à la Bavière et au reste de l'Allemagne.
Plus tard, il assuma la direction militaire de l'union des associations de combat groupées sous le commandement de Hitler. Arrivé à ce point Kriebel affirme que la suite de ses déclarations ne peut être entendue qu'à huis clos.
Après délibération, le président annonce qu'il fait droit à la requête de l'accusé si ses révélations peuvent porter préjudice à la sécurité de l'Allemagne, faites en public. L'auditoire est invité à se retirer. La séance est suspendue à 12 h. 30 et elle a repris à 14 h 30 à huis clos.
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