| Le Provençal de Paris 24 février 1924 |
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La grande Exposition agricole d'Arles réservera une bonne place au cheptel ovin. A ce sujet, sous les auspices de la municipalité arlésienne, que préside si dignement notre vieil ami, le docteur Morizot, M. Liégeois, Commissaire général de l'Exposition, nous envoie le très intéressant article suivant qu'a bien voulu écrire M. Amalbert. le distingué professeur d'agriculture.
Arles a son passé, dont elle est fière, à juste titre. Elle revit dans ses monuments antiques qu'elle conserve avec un soin jaloux. Arles a son Rhône majestueux qui enfanta l'île de la Camargue, la vieille Stécade, la Steppe salée à laquelle les progrès de la culture n'ont rien enlevé de son charme pénétrant. Elle détient une grande partie de la Crau, cette fille de l'impétueuse Durance, la plaine aux cailloux légendaires et aux mirages éblouissants qui repose nonchalamment aux pieds des Alpilles bleues.
Arles a ses belles filles qui constituent le plus beau fleuron de sa couronne. Et, pour les parer, la mutine prodigua ses fleurs champêtres, la soie de ses cocons et la laine de ses mérinos. De tout temps, la laine d'Arles a joui d'une renommée universelle.
Très appréciée avant le bouleversement de l'Empire romain et au moyen âge, elle occupait une place importante dans la multitude des produits échangés à la Foire de Beaucaire. A la fin du XVIIIe siècle, « la République, dit le citoyen Michel d'Eyragues, n'en produisait pas de qualité supérieure.»
La laine du troupeau d'Arles a encore augmenté de valeur, à la suite de l'introduction du mérinos d'Espagne. En application d'une clause secrète du traité de Bâle du quatre Thermidor, An III, qui faisait une obligation à l'Espagne de laisser sortir quatre mille brebis et mille béliers mérinos. Arles eut sa bergerie impériale, puis royale.
Créée en 1805 et installée en Camargue, au Mas d'Auzière, puis à l'Armeillière, elle fut supprimée définitivement en 1826, sous prétexte d'économie, malgré les protestations énergiques et répétées du Conseil municipal et des maires d'Arles et de divers corps élus du département.
Il n'en reste pas moins acquis que la bergerie d'Arles a été la principale pépinière de reproducteurs mérinos. Mais l'amélioration de la race est due, également, à l'initiative privée; plusieurs éleveurs avaient acheté directement en Espagne les béliers mérinos qu'ils louaient à des voisins, après les avoir utilisés sur leurs troupeaux.
Par conséquent, l'ancienne race du pays a complètement disparu par le croisement, pour faire place à une variété de mérinos, parfaitement fixée, que l'on désigne « Mérinos d'Arles ». C'est qu'en effet, Arles est le berceau de la race, son territoire nourrit à peu près la moitié des troupeaux, et la ville d'Arles est le principal centre de transactions commerciales et de réunion des éleveurs et des bergers. Il est admirable, ce rustique petit mérinos d'Arles, qui s'harmonise si bien avec notre climat et notre sol, utilise au plus haut degré les ressources fourragères de la Crau et de la Camargue, et, excellent marcheur, s'en va gaiement, l'été, chercher la fraîcheur et l'herbe sapide sur les sommets des Alpes. Si les déplacements et la dépaissance des troupeaux transhumants donnent lieu à des scènes pittoresques, qui ont inspiré le peintre et le poète, la production de ces troupeaux présente un grand intérêt économique.
Avec ses 250.000 sujets, la population ovine mérinos d'Arles livre annuellement près de 200.000 bêtes à la boucherie et plus de 600 tonnes de laine de première qualité aux manufactures. Son lait, quoique produit accessoire, suffit pour la fabrication des fromages nécessaires au personnel des fermes, sans compter une partie de ce produit qui alimente les villes et les caves de Roquefort. Enfin, le troupeau est, pour notre agriculture, une source précieuse de matières fertilisantes.
Mais l'élevage, qui donne aujourd'hui des résultats satisfaisants, a connu de mauvais jours. En dehors des périodes de sécheresse, d'inondation, de froid, des épizooties, il a été fortement éprouvé par la crise lainière, qui s'est fait sentir avec son maximum d'intensité sur le mérinos, bête à laine par excellence. Les éleveurs ne se sont pas laissés aller au découragement, ils ont remonté le courant en orientant leur élevage dans le sens de la production de la viande, qui n'est nullement incompatible avec celle de la laine, mais qui demande une bonne alimentation et des soins particuliers.
Par application de ces bons principes, et par une sélection bien comprise, la race s'est peu à peu améliorée, pour arriver, aujourd'hui, à un degré de perfectionnement appréciable. Il manquait une occasion pour mettre en lumière une des principales richesses économiques du pays d'Arles, pour montrer les efforts des éleveurs et pour les encourager le Comité de la Foire-Exposition l'a trouvée en mettant dans son programme un Concours de la race mérinos d'Arles.
Il ne pouvait être mieux inspiré qu'en confiant l'organisation de ce Concours au Syndicat des éleveurs du mérinos d'Arles qui s'intéresse si activement à tout ce qui touche l'élevage.
Maurice Amalbert.
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