| La Presse 16 mars 1924 |
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La Publicité lumineuse réglementée autour de l'Opéra De plus en plus les enseignes lumineuses envahissent la ville. Ce ne sont qu'inscriptions multicolores, scintillantes, fulgurantes, éblouissantes qui aveuglent le passant pour mieux lui vanter les mérites d'un savon bien connu, d'un élixir fameux, d'une ville d'eaux célèbre, d'une marque d'automobiles incomparable... et de quantité de produits plus ou moins estimables. Rien n'arrête plus l'audace d'un annonceur en mal de publicité; il envahit les trottoirs, défigure les immeubles, s'installe sur les toits d'où il peut commodément narguer la foule des badauds étonnée par l'ingéniosité de sa réclame. Nos rues sont déshonorées, nos cerveaux éclatent, nos yeux pleurent, mais qu'importe si l'orviétan peut connaître le succès ! L'Administration va intervenir L'excès en tout est pourtant un défaut. Les tapageuses firmes qui nous inondent des rayons hallucinants de leurs pancartes, vont bientôt le constater à leur détriment. L'administration préfectorale est, en effet, décidée à sévir contre certains réclamistes qui manquent par trop de décence. Elle se propose de faire appliquer les règlements partout où cela sera en son pouvoir. C'est ainsi que l'Opéra venant d'être classé, par décret du 16 octobre 1923, parmi les monuments historiques, la publicité lumineuse de la place de l'Opéra et des rues adjacentes va être sévèrement réglementée. A vrai dire, l'Administration pouvait déjà se réclamer d'un arrêté du 29 septembre 1860 qui a édicté des servitudes rigoureusés aux alentours de notre première scène nationale. Aux termes dudit décret, les constructions de la rue de Rouen (lire rue Auber). de la rue de Mogador (lire rue Scribe), et de la rue Neuve-des-Mathurins (lire rue des Mathurins) doivent obligatoirement posséder des façades conformes aux plans imposés. Le 12 mars 1868, une certaine dame Thévenin, propriétaire des immeubles sis 25, rue de la Paix et 17, boulevard des Capucines, fut même condamnée pour avoir refusé de se soumettre aux prescriptions de l'arrêté. Dans les considérants de l'arrêt, il est dit que la veuve Thévenin devra se soumettre « aux prescriptions imposées » tant « pour les hauteurs » que « pour les décorations extérieures. » Plus de grandes réclames Toutes les réclames de grandes dimensions, et en particulier celle qui, actuellement, domine l'angle de la rue Scribe et des boulevards, sont, dès à présent, condamnées. L'Administration n'est pas, comme on pourrait le croire, désarmée devant les délinquants. En dehors du procès qu'elle peut engager, il lui est loisible de faire enlever « manu militari», sur l'autorisation du préfet de police, les pancartes incriminées. Il est urgent de réagir contre cette débauche d'inscriptions obsédantes qui finiront, si nous n'y prenons garde, par envahir jusqu'à notre foyer. ROBERT BOUCARD. |







































































