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La Presse 12 mars 1924


industrie du luxe

Reverrons-nous Brocarts et Falbalas?

Cela dépend du fisc et de la douane

Broderies, dentelles, plumes, parures, jolis ornements si parisiens dans la confection desquels nos «doigts de fée» excellent, ont disparu des chapeaux et des robes depuis la guerre.
On a compris cette réserve vestimentaire dans les mois qui suivirent l'armistice. La France était encore en deuil. Mais le règne du simple et du sombre s'est prolongé, et les industries qui vivaient des accessoires de la mode et de la couture sont dans le marasme. Le ministre du commerce s'est ému. Il cherche les causes de cette crise et il a fait procéder à une enquête auprès des Chambres de commerce et des groupements professionnels.

La réponse, hélas ! était facile à prévoir. Le luxe meurt des charges fiscales et autres dont on l'accable et la baisse du change lui a donné le coup de grace.

L'Avis de M. Joseph-Paquin
Un de nos grands couturiers parisiens, M. Joseph Paquin, nous a énuméré quelques-uns des motifs qui interdisent actuellement aux couturiers et aux modistes d'employer, comme avant la guerre, ces gracieuses fanfreluches qui donnaient une note si pittoresque et si gaie aux costumes féminins d'autrefois.

- Ne croyez pas que ce soit de gaîté de cœur que mes collègues et moi adoptions la mode presque unie et dépourvue d'ornements. Il y a une raison majeure à notre attitude.
Vous savez que nous avons une importante clientèle américaine : or, les Etats-Unis ont frappé nos productions de droits formidables. Une robe sans garniture est taxée 80%; s'il y a de la broderie, c'est 90%, et enfin, si elle comprend un motif de dentelle, cela monte à 110%.
Ces chiffres vous feront comprendre pourquoi nous ne pouvons orner de parures comme nous le voudrions les modèles que nous lançons. La moindre dentelle est susceptible d'éloigner nos clientes. Cette année, pourtant, nous avons fait un effort: nos collections présentent des modèles ornés de rubans.
Une politique douanière mieux comprise, qui provoquerait la diminution des droits prohibitifs qui frappent les articles du vêtement, obtiendrait le résultat que cherche M. Dior.

En ce moment, on constate sur les tissus une augmentation inquiétante, qui n'est pas faite pour remonter le commerce de luxe : tel marocain», qui valait 30 francs il y a six mois, est monté à 60 francs. Américains et Anglais, favorisés par le change, ont littéralement raflé sur la place de Lyon tous les tissus. On nous fait le coup du sucre». Munis de nos tissus et à l'aide de nos modèles savamment copiés, les couturiers étrangers mènent contre nous une offensive inquiétante.

A la Chambre syndicale de la mode dont la présidente est Mme Suzanne Bozier, nous avons recueilli les mêmes doléances. Le luxe, grevé lourdement, disparaît. Hélas! les industries bien françaises qui en vivaient succombent, et le « chic » parisien si réputé subit une éclipse qui n'est point faite pour relever notre prestige économique.