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Le Journal des débats 27 mars 1924


La crise politique en Yougoslavie

Notre correspondant de Belgrade nous adressait, le 21 mars, à la veille de la démission du Cabinet Pachitch, les renseignements suivants, qui précisent l'origine de la crise:

Dans les dernières semaines de l'année passée, M. Davidovitch, ancien président du Conseil et chef du parti démocrate, a jeté les assises d'un nouveau bloc avec M. Korosec, leader du parti populiste slovène, et M. Spaho, chef du groupe des musulmans de Bosnie. Le but de la coalition était le renversement du parti au pouvoir et l'avènement d'un Cabinet où entreraient les éléments du bloc, sous la présidence d'un démocrate (M. Demo Davidovitch).

Mais démocrates, populistes et musulmans bosniaques ne groupent guère que 90 voix contre les 120 à 130 dont dispose actuellement le gouvernement, en comptant non seulement les radicaux, mais encore le Djemiet (musulmans de Serbie méridionale), soit 14 voix, et quelques dissidents.

L'appoint nécessaire pour retourner la majorité ne pouvait être demandé qu'au parti paysan républicain démocrate, qui n'est jamais venu au Parlement et dont le chef, M. Raditch, tient présentement ses assises à Vienne. Les «raditchistes > acceptèrent d'envoyer à Belgrade le nombre de députés nécessaire pour mettre le gouvernement en échec, à la condition que cette manœuvre n'impliquerait, pour le parti, aucun changement essentiel d'orientation ni de tactique générale.

Notons, en passant, qu'en dépit de leurs réserves, M. Raditch et ses amis font un geste d'une importance capitale. Après avoir déclaré pendant trois ans que le Parlement qui siège à Belgrade est une assemblée illégale et s'être investis du titre pompeux de < représentation nationale croate >, ils se décident à soumettre leurs mandats aux formalités de la validation. Comme ils ne peutvent siéger qu'après avoir prêté serment, leur revirement équivaut à une reconnaissance, sinon de la Constitution du Vidov-dan, du moins du régime et de l'Etat.

Il s'agit donc, sous les apparences d'une manœuvre occasionnelle, de la participation effective du parti paysan croate à la vie politique et parlementaire du royaume. C'est d'ailleurs ce que la Chambre a compris, puisqu'elle a validé sans discussion et à l'unanimité les vingt premiers mandats que ce parti a présentés à la vérification. Ces vingt mandats régularisés, les raditchistes en ont déposé trente-quatre autres.

A l'étranger, on a tendance à simplifier cette lutte des partis yougoslaves dans la traditionnelle formule: centralisme ou fédéralisme. Et, poussant la simplification à l'extrême, on identifie l'influence serbe avec le centralisme, et les visées croates et slovènes avec l'autonomisme ou le fédéralisme. Il y a là une exagération.

Quelles sont, au regard de la forme extérieure de l'Etat, les aspirations actuelles des partis?
M. Raditch réclame un « accord fondamental, sincère, dégagé de toute pression ou violence, entre Serbes et Croates, accord respectant l'individualité millénaire (sic) des Croates. Mais il s'est toujours abstenu d'entrer dans des détails sur l'économie de cet accord.

Les populistes de M. Korosec visent à une autonomie législative de la Slovénie; ils admettraient très bien un régime centraliste dans les autres régions, où leurs adhérents sont en baisse.

Les musulmans bosniaques (si l'on met à part le groupe Maglailitch et les adhérents des partis démocrate et radical) demandent l'autonomie de la Bosnie.

Les agrariens, qui ont voté contre la Constitution du Vidov-dan, ne se sont jamais prononcés ouvertement, depuis ce vote, en faveur de la révision; ils aspirent surtout à une législation sociale qui accorde davantage à l'élément agricole..

Quant à la fraction des démocrates la plus encline aux concessions, ou fraction des < congressistes », elle n'envisage qu'une légère retouche à la Constitution, sans porter atteinte au principe de l'unité. Les anti-revisionnistes radicaux ou démocrates admettent toutes les réformes qui peuvent, dans les limites de la Constitution, améliorer le système administratif et coopérer au relèvement économique du pays.

Il est à remarquer que, dans la lutte qui précéda le vote de la Constitution du Vidov-dan, l'intransigeance unitariste ne vint point des Serbes de Serbie, mais des démocrates ou radicaux originaires des régions croates ou slovènes. M. Pribitchevitch, porte-drapeau, à cette époque, des forces centralistes, est un Serbe, mais un Serbe de Croatie. Au

jourd'hui encore, c'est M. Davidovitch, Serbe de Serbie, qui incarne les tendances à la conciliation avec les autonomistes, tandis que les députés démocrates d'origine croate demeurent attachés à une forme rigide du centralisme. Dans le parti, radical, c'est également du côté des Serbes de Serbie qu'on trouverait les éléments les plus accommodants.

Ceci revient à dire que la situation actuelle est fort complexe et que, si la lutte paraît aujourd'hui, se circonscrire entre le parti radical et le bloc d'opposition dirigé par les démocrates, l'avenir peut ménager des regroupements inattendus. · Alb. M.