| Le Grand Écho du Nord 16 mars 1924 |
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Pour la deuxième fois, le peintre Paul Eschbach nous revient à la Galerie Monsallut, avec un choix de ses œuvres. Excellente exposition, qui nous permet de connaître mieux encore cet artiste simple, probe, si attentif à rester soi-même, en se préservant de toute compromission. La peinture d'Eschbach démontre bien ce que peut un art vrai, spontané, où la valeur même de la technique compte moins que la vie morale du modèle ou le sens intime de la nature. N'est-ce pas une bienfaisante discipline ? Regardez le sobre portrait du peintre Hubert, ou encore Bretonne (N° 1). Le sujet n'est guère compliqué d'intention; mais à peine la puissante réalité physique de cette image nous a-t-elle saisis, que la supériorité du métier ne compte plus: nous faisons mieux qu'admirer une sûre maîtrise, nous pénétrons la pensée du peintre, et elle nous entraîne par sa clarté et sa fermeté d'expression. Et pourtant, la manière d'Eschbach ne se complaît guère plus dans les abstractions littéraires que dans les faux étalages de virtuosité qui, pensent certains, doivent les ranger au nombre des novateurs. Pour l'artiste, il n'est d’œuvre bonne et durable que si elle ouvre le champ, suivant une juste observation, à des interprétations et à des suggestions successives, c'est-à-dire si le spectateur l'achève en lui même. Voilà pourquoi Eschbach se contente d'être sincère, sans autre prétention d'agir sur nous que par les moyens de la nature elle-même. Ainsi, son dessin restera un, toujours élégant, mais sa peinture variera suivant le site entrevu, suivant l'heure du jour et les jeux de lumière, selon que son langage doit être grave, mélancolique ou joyeux. Tout cela est nettement sensible dans la série de paysages que nous présente Eschbach. Effets du matin, de soleil couchant, impressions nocturnes, mornes solitudes d'hiver, apparaissent, intensément ressentis, compris dans leur sens le plus intime, bien que l'exécution s'y montre rapide, généralisée de plans et de tons. Voici quelques effets de neige. Sujet séduisant pour un peintre, mais combien hérissé de difficultés ! Eschbach le sait, et, à cause de cela, il se garde des recettes toutes faites. Voyez la Grande route »; « le Chemin creux » (Nos 2, 3 et 4): et encore une maison de bûcheron sous le triste ciel d'hiver (No 11). N'est-ce pas d'un art savant, nuancé, et n'est-il pas étonnant que tant de vérité ne dépende en rien d'habiletés de spécialiste, mais seulement d'une parfaite conscience d'artiste ? La même intelligence assouplie se manifeste dans ces délicieuses toiles intitulées "Environs de Vernon". (Nos 6 et 7). Ici Eschbach donne, semble-t-il, toute la mesure de sa distinction et de sa sensibilité, en se tenant dans une gamme de gris infiniment délicate et cependant solide. Mais aussi, qui ne goûterait la paisible énergie que témoignent "le Port de Concarneau", et "Marine à Concarneau" (No 17 et 18), un contre-jour et un effet du matin, d'un savoir si étendu ? Et quel sentiment poétique dans les effets de lune Regardez, par exemple, le No 26 Vous n'y trouverez ni la banalité, ni la fadeur, ni la sensiblerie qui guettent le genre, mais cette large vision, ce sentiment robuste et sain, qui poussent l'artiste et ne s'affalblissent que rarement. Pour bien situer Eschbach, il nous faudrait, certes, signaler encore d'autres œuvres. Ne serait-ce, par exemple, que "les Bords de la Bresle" (N° 20), dont la ligne et la couleur sont d'un choix si raffiné. Mais ne convient-il pas de laisser à chacun le plaisir de découvrir de-ci de-là ce qu'il entendra le mieux ? Paul Eschbach est un artiste que chacun peut comprendre ; il donne assez de lui-même à la nature, pour que celle-ci se charge de mettre en lumière sa noblesse d'âme et sa valeur. F. BEAUCAMP. |







































































