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La Presse 16 mars 1924


les ruines mesoaméricaines

UN PASSÉ MYSTÉRIEUX

Le Secret des Ruines

On sait qu'au fond du Nouveau-Monde. dans la luxuriance des forêts tropicales. existent des ruines, dont les plus doctes savants sont impuissants à résoudre l'énigme: elles attestent que des peuples puissants, instruits et artistes ont vécu sur cette terre; mais nous ignorons tout de leur passé, de leur histoire, de leur langue. de leurs croyances et de leurs mœurs. Ils ont disparu depuis des siècles.

Leur écriture, dont les caractères restent tracés sur les ardoises ou gravés dans la pierre, apparaît à nos yeux comme des signes indéchiffrables; la perspicacité des érudits s'avoue vaincue devant ces obscurs rébus.

Les premiers pionniers qui s'enfoncèrent dans la forêt vierge durent s'arrêter comme devant une apparition fantastique, quand ils aperçurent, sous un amas de lianes, de fougères et de végétaux géants, ces vestiges imposants et mystérieux. On en a découvert dans les parties les plus diverses de l'Amérique en Bolivie et au Pérou, aussi bien qu'au Guatemala et dans l'Arizona ; mais les plus beaux se trouvent au Mexique.

Pour l'exploration de ces derniers, l'Institution Carnegie, de Washington, a organisé une expédition scientifique qui, à la suite d'un accord conclu avec le gouvernement mexicain, a pu entreprendre des fouilles qui sont poussées activement depuis plusieurs mois. Dirigés par le docteur Sylvanus Morley, les travaux dureront, prévoit-on, une dizaine d'années.

En même temps que cette mission, une autre, que dirige le docteur Herbert J. Spinden, professeur à l'Université de Harvard. poursuit, dans le Honduras, des recherches qui ont abouti déjà à la découverte de curieux vestiges d'une civilisation offrant d'étranges points de ressemblance avec celle d'Egypte, et qui serait vieille d'une trentaine de siècles.

Ce n'est pas la première fois que l'on établit ce rapprochement entre les monuments laissés par les anciens Egyptiens et ceux que l'on retrouve dans l'Amérique Centrale: ici et là, on a découvert la pyramide, l'obélisque et le monolithe; ici et là, on constate que l'architecture révèle une parenté frappante. Et alors tous les récits. légendes et hypothèses, au sujet de la mystérieuse Atlantide et de ses habitants, engloutis par un formidable cataclysme, reviennent à l'esprit et s'imposent à l'attention. Entre tant de preuves, invoquées par les savants pour établir, aux temps préhistoriques, l'existence du continent disparu sous les flots de l'Atlantique, celle-là n'est certes par la moins troublante, ni la moins convaincante.

C'est ainsi que les monuments qui existent dans la vallée de Teotihuacan, à 45 kilomètres environ de Mexico, et qui comptent au nombre des plus importants et des plus curieux, relèvent tous du système pyramidal régulier: celui que l'on désigne sous le nom de « Pyramide du soleil » n'a pas moins de 64 mètres de hauteur. Ils sont, en ce moment, l'objet d'investigations méthodiques, conduites par la Direccion de Anthropolojia mexicana, dont le chef actif et éclairé est M. Gamio.

On ignore tout, ou à peu près, du peuple des Toltèques, qui auraient été les constructeurs de ces monuments; on ne connaît pas davantage les causes qui provoquèrent sa disparition et son anéantissement. Il en est, d'ailleurs, de même des autres peuples primitifs du Mexique...

On ne possède des précisions historiques que sur les Aztèques, qui vinrent longtemps après, et dont les conquistadors espagnols devaient ruiner les villes et décimer la population avec une implacable férocité: car la barbarie vint d'Europe, lors de la conquête du Nouveau-Monde, anéantit avec une atroce sauvagerie, toute une civilisation remarquable et des merveilles artistiques, dont rien ne subsiste, que de rares vestiges.

Ainsi donc, avant l'arrivée de Fernand Cortez et de ses compagnons, des peuples avaient vécu des aventures héroïques et sublimes, sur cette terre dont leurs ascendants étaient brutalement dépossédés par la loi du plus fort; des races se sont éteintes, après des siècles de prospérité et de grandeur, et, d'une épopée peut-être sublime, d'une prodigieuse odyssée, il n'est venu jusqu'à nous que des fragments de légendes, transmises oralement de générations en générations !

Tout ce passé mystérieux et troublant, un de nos compatriotes depuis longtemps fixé à Mexico, M. Auguste Génin, s'est complu à l'évoquer, à le ressusciter pourrait-on dire, dans une série de beaux poèmes qu'il a publiés sous ce titre : Légendes et Récits du Mexique Ancien. C'est toute une histoire, évanouie dans la nuit des temps, qu'il fait défiler devant nous, en une série de tableaux épiques, qui auraient enchanté le Victor Hugo de la Légende des siècles.

M. Auguste Génin, qui a publié sur le Mexique et ses races d'innombrables études et travaux historiques, n'a pas estimé que la prose fût digne de rappeler le sombre et merveilleux passé du pays auquel il est attaché par une sorte de tendresse admirative et passionnée. Le vers altier et sonore peut seul, en effet, célébrer comme il convient la hautaine tristesse et la splendeur éteinte des choses mortes...

Paul MATHIEX