| L'Œuvre 20 juillet 1924 |
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(De notre envoyé spécial) Londres, 19 juillet. M. Herriot a pu, cet après-midi, visiter la grande foire coloniale de Wembley d'un cœur léger. Les danseuses l'ont eu même comme spectateur cinq minutes. C'est que l'écueil politique de la Conférence venait d'être tourné. C'est que la commission politique, dans une longue séance qui ne s'était achevée qu'à 2 heures, s'était mise d'accord pour proposer à la Conférence un texte qui donnait aux prêteurs des garanties suffisantes et à la France satisfaction. Le contentement était d'autant plus grand que, le matin, quelques nuages s'étaient élevés. Ils sont dissipés. N'en parlons plus. Constatons plutôt que l'ambassadeur Kellog, M. Young et M. Logan, tous les représentants américains enfin, sont, vis-à-vis de nous, dans les meilleures dispositions du monde. M. Philippe Snowden, du côté politique, a été parfait. Et venons à la note d'accord que les premiers ministres examineront lundi et que la Conférence, en séance plénière, approuvera dans l'après-midi de ce jour sans doute. Les bases en sont celles que l'OEuvre indiquait hier. La Commission des Réparations s'augmentera d'un membre américain, nommé à l'unanimité par les chefs de délégations ou par le président de la Cour internationale de justice de La Haye, si l'unanimité n'a pu se faire. Ce représentant, élu pour cinq ans, et aux pouvoirs renouvelables, aura voix délibérative tout comme s'il était là de par le traité de Versailles. Si l'Amérique se décidait plus tard à nous dépêcher un délégué officiel, c'est ce délégué qui détiendrait les pouvoirs. Au cas de manquement allemand dénoncé par la Commission des Réparations, le paragraphe 2 porte : On a reconnu le texte même du plan Dawes. Mais que demanderont les prêteurs avant de souscrire à l'emprunt de départ de 800 millions de marks-or? Ou des gages spéciaux, ou une garantie générale sur les richesses allemandes ou une hypothèque qui laissera droit d'hypothèque après elle, car il n'en faut pas tant pour gager un si petit emprunt ou des gages spéciaux en même temps que cette caution générale. Les experts alliés ont donc proposé que les sanctions qui, éventuellement, pourraient être prises à la suite d'un manquement grave de l'Allemagne sauvegarderaient les gages spéciaux affectés au service de l'emprunt et qu'il y aurait priorité absolue pour le service de cet emprunt sur les ressources générales de l'Allemagne en cas de garanties générales stipulées, ainsi que sur les revenus qui pourraient provenir de l'application de sanctions si jamais il en fallait prendre. Tout cela, on le voit, est logique et ne pouvait pas ne pas l'être : sans cela pas de prêteurs, et, sans emprunt, pas de plan Dawes. Il s'y ajoute une stipulation que voici : Pas d'avis conformes, comme le voulait avant-hier le protocole britannique, ce qui établissait en autorité dictatoriale l'agent des paiements, mais simple opinion demandée et reçue à titre consultatif. C'est une procédure raisonnable et que la Commission des Réparations eût dû à coup sûr employer si même on ne l'avait pas fixée. Nous donnons le dernier paragraphe en ses termes mêmes : «Sauf stipulation expresse contenue dans le paragraphe précédent, tous les droits que les puissances signataires viennent actuellement de traiter et l'ensemble du rapport des experts sont réservés. » Eh bien, la voilà réservée, la liberté d'action de la France, et même ce fameux droit aux sanctions séparées dont quelques-uns sont si jaloux ! M. Herriot a d'autant plus de mérite d'avoir demandé à ses collaborateurs, MM. de Perretti et Bergery, de le réserver si expressément qu'il n'a aucunement l'intention de s'en servir. Puisse toujours le gouvernement français être dans ces dispositions! Car certaines sanctions, comme la Ruhr, avec le temps, pourraient dégénérer en guerre. Et s'il est toujours désastreux de faire la guerre, il est encore plus désastreux, quand on a quarante millions d'habitants et que le voisin en a cent dix, de la lui faire seul. Mais une partie de la presse française préfère les mythes aux réalités. Ceci l'autorise à se détourner des vrais problèmes comme les réparations, les dettes interalliées, notre sécurité. La décision que M. Mac Donald vient de prendre à l'égard du pacte proposé par la Société des Nations est cependant plus grave que cela. Il est vrai qu'il ne faut désespérer de rien. Il y a quelqu'un qui conduira de nouveau l'Angleterre vers la Société des Nations, et ce quelqu'un c'est l'Allemagne : l'Allemagne qui, en exécution du plan Dawes, sera invitée à envoyer des représentants ici mercredi ou jeudi sans doute, car la semaine qui va s'ouvrir peut désormais que marquer l'accord Sans doute le problème des transferts demeure. Les Britanniques craignent qu'une vaste organisation des prestations en nature ne tarisse leurs débouchés et ne leur crée de nouveaux chômeurs. Mais ce ne sont pas là des obstacles insurmontables. On va, sur le jeu de la clause des transferts, demander l'avis de ceux des membres du comité Dawes qui sont ici, sir Robert Kindersley, MM. Parmentier. Pirelli, etc... Les experts arriveront d'autre part sûrement à concilier les thèses française et anglaise sur les modalités d'évacuation de la Ruhr et les précautions à conserver sur les chemins de fer. A propos de chemins de fer, il n'en est pas moins vrai que l'emprunt qui est à la base du plan Dawes est désormais possible, que le plan Dawes pourra prendre vie. M Hymans, ce matin, a fort bien dit que l'accord était fait dans tous les esprits et qu'il ne fallait donc pas trop s'attacher à la lettre, et M. Young et M. Logan lui ont apporté leur adhésion chaleureuse. Henry Barde |
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