| Comœdia 20 juillet 1924 |
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ENTRE NOUS Le retentissement des Jeux Olympiques ne peut qu'accroître la vogue des sports. Ils tiennent déjà dans notre société une grande place. Mais se doute- t-on du rôle qu'ils jouent dans les petites villes et villages? Les sociétés sportives, toutes décorées du nom de club, y ont remplacé les musiques et orphéons d'autrefois. Comme on était fier du piston solo ou du ténor, on se glorifie aujourd'hui de l'as local de football, ou de la course ou de la bicyclette. L'été dernier, je me trouvais, un dimanche, dans une petite ville de la Savoie. Il y avait, ce jour-là, une belle partie de football où l'équipe du pays se mesurait avec celle d'un pays voisin. Comme le terrain des sports était le seul endroit ensoleillé de toute la région et qu'il faisait très chaud, je préférai aller prendre le frais dans une jolie prairie que bordait un clair ruisseau et où des châtaigniers magnifiques versaient une ombre délicieuse. En arrivant, que vois-je se promenant ensemble, fraternellement ? Le curé et le président du cercle radical-socialiste. J'avais eu l'occasion de faire la connaissance de l'un et de l'autre, séparément, bien entendu, car en ville ils ne se fréquentaient guère. Ils comprirent mon étonnement et m'expliquèrent leur rencontre. Le football avaient faits déserts le cercle et l'église. Tous les habitants, hommes et femmes, étaient au terrain des sports. Le président et le curé avaient été abandonnés par leurs ouailles respectives. Et tous les deux de se, lamenter de vant moi : - Je n'ai plus personne à mes vêpres ! Ils étaient touchants, tous les deux, au fond, deux prêtres qui voyaient leur culte délaissé. Je devinais qu'une sympathie était née entre eux. Quand je les quittai, j'étais convaincu qu'elle ne pouvait que grandir. Maintenant, je l'ai appris, le dimanche, dans cette petite ville, le président du cercle radical-socialiste assiste, seul fidèle, aux vêpres de M. le curé, après quoi M. le curé se rend au cercle, seul client, faire le piquet du président. Jules Véran. |
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