| L'Intransigeant 13 juillet 1924 |
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LES GOSSES DE PAUVRES EN VACANCES Le temps des vacances est venu. On va partir..., on part... Les classes se vident et les trains se remplissent. Ce fut toujours, à la même époque, la même chose. Eh bien, non. L'enfance déshéritée des grandes villes a fait une conquête capitale: elle jouit maintenant des vacances sans rien avoir à envier aux «. gosses de riches ». On se préoccupe de sa santé. On entend qu'elle prenne l'air dont elle a tant besoin et dont elle est privée une grande partie de l'année, dans les logements où tout lui est mesuré et où il n'y a d'élevé que le loyer et l'étage. On a fini par s'aviser que la campagne et ses vastes horizons convenaient aux petits renfermés à l'école et chez eux, et qu'il était bon de les désintoxiquer dans la belle saison. Les secours se sont organisés; les œuvres se sont multipliées, et ce n'est pas ici, après avoir dit qu'il y en a d'admirables, que j'en entreprendrai la nomenclature. Il me serait difficile de passer sous silence celles de l'Intransigeant... et sa modestie ne me pardonnerait point de lui donner le premier rang.. N'en parlons donc pas. Grâce aux subsides de la Caisse des Ecoles, les colonies de vacances de la Ville de Paris peuvent envoyer à la campagne, chaque année, un grand nombre d'enfants qui, sans cela, continueraient, pendant deux mois de s'étioler au faubourg. Parmi les arrondissements le plus favorisés, nous citerons le dix-huitième qui a, en la personne de M. Jean Varenne, conseiller municipal, un infatigable propagandiste. A celui-ci, les ressources de la Caisse des Ecoles ne suffisent pas. Comment fait-il pour s'en procurer d'autres ? C'est son secret, et je ne le lui demande pas. Le résultat seul m'intéressé. Et le reusitat, le voici le 4 août prochain, onze cents enfants des Buttes Montmartre partiront, par train spécial, pour l'Allier, où ils sont attendus. Attendus... par qui ? Par un toit communal de fortune loué à beaux deniers comptant et sous lequel les petits Parisiens dormiront et prendront leurs repas, surveillés par leurs maîtres habituels ou des suppléants? Pas du tout. L'innovation consiste à pratiquer en grand le placement familial. Les onze cents enfants de la Butte sont confiés à des paysans et répartis entre quarante-cing communes de l'arrondissement de La Palisse, à trois cents quarante kilomètres de Paris. Voila déjà de quoi, n'est-ce pas, piquer votre curiosité... et de quoi aussi vous causer, comme à moi d'abord, quelque appréhension.… Veiller sur onze cents gamins de Paris, dont vous répondez, n'est pas une petite affaire, étant donné que le séjour sera de sept semaines, s'il vous plaît. Des enfants livrés à eux-mêmes ou à des étrangers pendant deux mois presque, vous ne voyez à cela aucun inconvénient? Quarante jours durant, la famille du paysan s'accroît d'un enfant adoptif. Elle en assume l'entretien et la garde, et n'a pas eu, jusqu'ici, à se repentir de son hospitalité. Les enfants, de leur côté, s'adaptent docilement et avec allégresse à la vie champêtre. Ils font un voyage de découverte et comme qui dirait leur apprentissage de colons. L'histoire naturelle, ô prodige, est vivante! Ils apprennent les noms des insectes, des plantes et des essences les voyant. Ils discernent les oiseaux à leur chant, en les entendant chanter. Ils vont de surprise en surprise. Ils s'instruisent en s'amusant, et ils paient leur écot en amusant par leur bagout l'homme des champs qui leur fait la leçon sans cérémonie, sur le pouce. Le prix de revient de chaque enfant, voyage compris, est de 180 à 200 francs. La famille en verse 60: un franc cinquante par jour. C'est pour rien ! C'est pour rien si l'on songe au bénéfice physique et moral que retire l'enfant de sa villégiature. Jean Varenne me disait l'autre jour: LUCIEN DESCAVES |
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