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L'Œuvre 20 juillet 1924


Pas de chiens. Ne trouvez-vous pas que ce refrain devient obsédant

Ai-je le droit d'avoir un chien?

Maeterlinck, dans une admirable page, se demande auprès de qui l'homme trouverait, ici-bas, un peu d'amour s'il n'avait le chien.

Les plantes sont pour nous impassibles; les bêtes sauvages nous fuient ; quant aux animaux domestiques ils ne nous marquent que défiance ou hostilité ce qui, avouons-le, ne doit guère nous étonner, si nous reconnaissons comment nous les payons de leur soumission. Le chat, que nous voulons bien admettre auprès de nous sans l'écraser de fardeaux ni le découper en tranches, nous fait sans doute l'honneur d'une sorte d'entente cordiale. Mais seul le chien nous aime.

De tout temps, depuis Homère chantant la fidélité du vieux chien d'Ulysse, les poètes et les penseurs se sont étonnés et réjouis de cette marque de clémence donnée par la destinée à l'homme solitaire dans le dur univers. Pensons-y et sachons découvrir la profondeur philosophique des litanies un peu étranges que profèrent certaines de ces dames en cajolant: Les petits ciençiens à leur mémère... »

« Si le cheval est la plus noble conquête de l'homme, le chien en est la meilleure.
Et pourtant qui, maintenant, peut se permettre d'avoir un chien ? De quelle sorte de tracasseries, de vexations, de persécutions n'est pas menacé aujourd'hui celui qui ose prétendre à cette gageure: donner son affection à un compagnon désintéressé ?

Que cet audacieux se résigne à vivre au fond des campagnes. Veut-il prendre le train avec un chien d'appartement ? il est à la merci d'un voyageur grincheux, parfois énorme, bruyant et même malodorant, qui réclame l'expulsion du petit animal.

Si nul voyageur ne proteste, un contrôleur au zèle intempestif peut, comme il m'est arrivé récemment à la gare d'Angoulême, survenir, enlever le chien et le jeter affolé dans l'étroite boîte du fourgon où il est à demi suffoqué par le vent et la fumée.

Arrivé en ville, autre affaire. En tramway pas de chiens; en autobus: pas de chiens; dans le métro : pas de chiens. Ah! il n'en mène pas large celui qui n'a pas de quoi se payer un taxi. Arrivé à l'hôtel pas de chiens. S'il comparaît devant un concierge pas de chiens

A vrai dire, on ne comprend guère comment, dans un pays où l'opinion publique a fait preuve d'un amour des bêtes assez fort pour mettre un terme aux cruelles et inutiles expériences de la Courtine, ceux qui trouvent leur plaisir à adopter et à choyer un chien deviennent aussitôt victimes de l'animosité générale. Et qu'on ne croie pas que leurs mésaventures cessent quand ils quittent la capitale. Jusque sur l'Océan on les poursuit.

Les Compagnies de navigation sont elles-mêmes les plus acharnées. Une de nos amies me contait l'an dernier que, rentrant d'Indo-Chine, elle avait dû, au moment de s'embarquer, se séparer pour toujours d'un colley superbe parce qu'on ne voulait pas de chiens à bord. D'autres, tout dernièrement encore, furent, en venant du Maroc, sur un paquebot où elles étaient seules dans des cabines dites de luxe coûtant un prix exorbitant, contraintes de livrer un fox et un loulou au boucher du bord, pendant toute la traversée. Arrivées à Bordeaux, les chiens, mal nourris, mal soignés tombaient malades de pneumonie et d'entérite; coût: visites de vétérinaires, achats de drogues, s'ajoutant aux cent francs de billet pour chacune des petites bêtes... et trois jours de retard.

Pas de chiens. Ne trouvez-vous pas que ce refrain devient obsédant ? Pas de chiens? Alors qu'on les renvoie à la Courtine.

RAYMOND LULLE.


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