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la chronique de Maurice Prax 26 juillet 1924


la chronique de Maurice Prax 26 juillet 1924

POUR ET CONTRE

Je ne sais pas si nous avons prêté toute l'attention qu'il fallait à l'assassinat du consul américain de Téhéran. Comme l'événement s'est produit en Perse, et qu'en vérité nous nous sentons asses éloignés de la Perse, en dépit de nos bals persans, de nos fêtes persanes et de nos modes montmartro-persanes, nous avons passé outre, si j'ose dire, et pensé à autre chose... D'abord nous avons chez nous assez de meurtres indigènes pour ne pas avoir besoin des importations étrangères... Pourtant, le crime de Téhéran appelle quelques commentaires. C'est, en effet, un crime religieux. C'est un épisode supplémentaire de la vieille guerre des religions. Un fanatique a tué un hérétique... C'est cela même…

On sait que le consul américain, qui représentait, à Téhéran, l'erreur, l'impiété, les « idées nouvelles », avait imprudemment jeté un véritable défi à l'honnête population persane, dont les convictions demeurent si respectables. Il avait osé exhiber en public un appareil de sorcellerie aussi mystérieux que diabolique. Un tout petit appareil photographique!

Avec cet instrument épouvantable, qui constitue une insulte éhontée aux croyances persanes, il avait eu, enfin, l'irrémédiable audace de photographier une fontaine. Une fontaine qui, comme par hasard, était sacrée !... Il n'en fallait pas plus, on en conviendra, pour armer le bras vengeur d'un fidèle persan... Le consul américain est mort…

Nous croyons beaucoup au progrès, à la propagation des idées modernes. Il y a partout, par le monde, des trains rapides, des palaces, des savants et des écrivains libres... Il y a partout, par le monde, le télégraphe, le téléphone, la téléphonie sans fil et le dancing. Et nous nous souvenons d'avoir souvent rencontré sur les champs de courses un jeune gentleman aussi parisien qu'averti: le shah de Perse... Certes, le jeune shah n'était offusqué ni par la photographie, ni par l'automobile, ni, par l'aviation, ni par les modes de la rue de la Paix, ni par les opérettes de M. Maurice Yvain... Le jeune shah est un prince dans le train…

Oui... Tout de même, à Téhéran, capitale de la Perse et des doux contes persans; à Téhéran, où il y a de si belles légendes, de si beaux tapis et de si suaves essences de rose; à Téhéran, un petit « vest pocket » passe encore pour l'abomination suprême, et le « roumi » qui ose se servir d'un appareil photographique s'expose encore à se voir envoyé chez Mahomet…

Le Progrès ?... Une poussière sur l'écorce du monde...

MAURICE PRAX.


retour - back 03 août 1924