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L'0euvre 10 août 1924


De l'autoritarisme Georges De La Fouchardière 2

De l'autoritarisme

On annonce que le maréchal Lyautey est arrivé à Paris et que, tout botté, il est entré à l'Académie pour prendre part aux travaux du Dictionnaire.

Précisément, on discutait le mot « autoritarisme », ce qui prouve que les Immortels n'ont pas fini de mettre en conserves la première lettre de l'alphabet et ce qui doit nous rassurer pour un certain temps sur l'avenir de la langue française. L'Académie a entrepris un travail d'Hercule; mais, fort heureusement, elle l'accomplit à la façon de Pénélope.

Lo maréchal Lyautey a pris part à la discussion. Il a dit de fort belles choses, qui ont été recueillies par les gazetiers. Il a affirmé que l'autoritarisme est en opposition avec l'autorité et que, plus un homme a d'autorité, moins il a besoin de recourir à l'autoritarisme.

C'est parler en académicien, et non pas en maréchal. Car, en somme, l'autoritarisme est l'exercice systématique du principe d'autorité. Et l'autorité n'existe que par ses manifestations; elle n'est effective qu'autant qu'elle est dynamique... Il y a plusieurs manières, plus ou moins discrètes, de tirer parti d'un fouet; on peut s'en servir en cinglant les mollets et les fesses des personnes qu'on veut influencer; on peut se contenter de le faire claquer bruyamment; on peut même se dispenser de l'agiter avant de s'en servir. Mais il est indispensable de faire connaître qu'on est en possession du fouet et qu'on se trouve du côté du manche.

L'autoritarisme, en un sens péjoratif, peut se définir comme un abus de l'autorité. Mais l'usage de l'autorité est déjà un abus, une forme d'oppression, une confiscation partielle ou totale de la liberté humaine.

L'autorité peut-elle être légitime?. Je mets l'Académie au défi de justifier le principe d'autorité. L'autorité s'appuie sur un dogme ou sur un sabre, sur la force ou sur la ruse; on domine les individus par la violence, ou bien on les a au boniment... Les individus qui sont faits pour obéir: les gosses, les femmes, les soldats... Et les peuples à qui on dit : « Courbez-vous sous la loi qui est votre œuvre; soumettez-vous devant les canons, qui sont votre force. »

L'autoritarisme est la vertu agissante du pion, du pape, de l'adjudant, de Charlemagne, de Louis XIV et de Napoléon. L'autoritarisme est la maladie mortelle de M. Mussolini, de M. Poincaré et de M. Primo de Rivera.

« Autoritarisme» est un mot de la même famille que « militarisme », « sectarisme » et « fonctionnarisme ». Car l'autoritarisme est exercé, plus ou moins férocement, plus ou moins puérilement, par les sectaires, les militaires et les fonctionnaires.

Mais il y a l'autoritarisme du chef de bureau, l'autoritarisme du gardien de square, l'autoritarisme du concierge, l'autoritarisme du mari, l'autoritarisme de l'épouse ou de la maîtresse... Chaque être réunit en soi, par un incroyable paradoxe, une extrême, servilité et un besoin excessif de se faire obéir... Et l'autorité se justifie par une délégation de droit divin, ou par une casquette galonnée, ou par un texte jadis gravé sur le Mont Sinai, ou par une pancarte accrochée quelque part…

Le maréchal Lyautey, s'il veut illustrer sa définition de quelques exemples, aura donc le choix. Mais il a bien fait de venir se documenter en France. Les Marocains savent, en effet, que l'autoritarisme est complètement inconnu au Maroc.

G. DE LA FOUCHARDIÈRE.


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