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Comœdia 24 août 1924


La question de l'eau 24 août 1924

La question de l'eau

Un brave paléographe, Jules Legras, qui écrivit naguère toute une bibliothèque sur les Slaves, leurs mœurs et leur histoire, a mérité l'immortalité pour avoir écrit cette phrase étonnante: « Les Russes se lavent, chaque matin, comme nous, le visage et les mains! »
L'hygiène, l'hydrothérapie et le simple souci de la propreté ont fait quelques progrès depuis, et beaucoup de Français ne se contentent plus aujourd'hui de ces ablutions rudimentaires, Il semble bien pourtant, hélas! que malgré les efforts du Touring-Club, trop d'hôteliers en France en restent encore à la conception simpliste de M. Jules Legras.

Ceux qui, comme Rouff et moi, cherchent à concilier la gastronomie avec le confortable en sont le plus souvent réduits à loger dans un hôtel modernisé ou dans un palace et à manger ailleurs... Car c'est une loi du Tourisme français que chacun peut constater tous les jours: la France abonde encore, heureusement, en excellentes auberges de campagne où l'on mange bien, en petits hôtels de second ordre où se conservent et se perpétuent les meilleures traditions de notre incomparable cuisine; mais quatre vingt-dix fois sur cent, dans ces bonnes maisons, l'eau courante est remplacée par la plus franche cordialité, l'attirail de toilette est réduit à un pot à eau d'une contenance de six décilitres et à une cuvette grande comme le fond d'un chapeau; et quant à la salle de bains, quand il y en a une, on écrirait tout un volume avec les mésaventures qui s'abattent sur cette pauvre pièce sacrifiée. Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire:

— La salle de bains? Ah, monsieur! Nous sommes au complet et elle est habitée par un voyageur.
— La salle de bains? Elle est en réparation
— La salle de bains? Oh bien sûr, nous en avons une. Mais la Ville coupe la distribution d'eau de 8 heures du matin à midi et de six heures du soir à minuit.
Etc..., etc...


Et si en désespoir de cause, on demande un tub et un grand broc d'eau chaude, tout le personnel est en désarroi. Un tub??? Cela passe encore dans beaucoup de petits hôtels provinciaux pour un accessoire hydrothérapique à l'usage d'Anglais excentriques et maniaques.

— Un tub?... Oh! monsieur, m'a répondu en rougissant une accorte boniche dans un hôtel du centre... Oh!... non! nous n'avons pas cela ici!

Elle avait sans doute compris quelque inavouable obscénité. ...Ailleurs (non! je ne dirai pas le nom de la ville), un hôtelier m'a déclaré d'un ton quelque peu méprisant et comminatoire que « si je tenais tant que ça à prendre un bain, je trouverais à l'hôpital une organisation parfaite. »

A l'heure où notre pays est envahi par tant d'étrangers, dont quelques-uns se lavent et se lavent plus et mieux que les Slaves de Jules Legras cette question intéresse au plus haut point l'industrie hôtelière et l'on ne saurait trop y revenir et y insister, au risque même d'être suspect de rabâchage. C'est Dumas fils qui l'a dit.
« Les idées sont comme les clous: plus on tape dessus, plus on les enfonce; nous n'en avons pas fini avec ce clou-là! »

CUR (nonski).


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