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Le Figaro 10 août 1924


Les Jeux Olympiques sont-ils un four ou un succès ?

SUCCÈS OU FOUR?

Les Jeux Olympiques sont-ils un four ou un succès ?

Cette question peut être posée après les nombreuses critiques qui se sont fait jour dans la presse, mais il ne faut pas les prendre comme base d'une opinion refléchie, car elles portaient sur des points particuliers et étaient émises sans vue d'ensemble.

Certes, en certaines circonstances, malheureusement assez nombreuses, on a pu justement récriminer contre l'organisation de tel ou tel sport, moi-même, j'ai signalé combien celle du lawn-tennis fut fâcheuse. Cependant, dans l'ensemble, il est indéniable que les VIIIes Jeux Olympiques obtinrent un succès jamais égalé jusqu'ici. Sincèrement, je pense qu'il serait injuste de ne pas le reconnaître, et c'est très justement que M. Frantz Reichel, le secrétaire général du Comité olympique français, qui en fut l'âme, a été publiquement félicité, au Stade même, par les délégués de toutes les fédérations internationales. Certes, il eut de bons collaborateurs, il en eut aussi de mauvais, mais c'est au sein du C. O. F. qu'il convient de s'en expliquer.

Au point de vue sportif, succès indéniable avec le Tournoi de football, la grande journée finale entre l'Uruguay et la Suède, les semaines d'extraordinaires performances des athlètes sur la cendrée de la piste de Colombes et des nageurs dans la piscine des Tourelles, les grandes parties jouées sur les courts de Colombes par les étoiles mondiales de la raquette, les matches de polo hippique jamais vus jusqu'ici, les hauts faits de nos cyclistes, les exploits des leveurs de poids. Le technique d'organisation de toutes les compétitions olympiques fut impeccable, saut, peut-être, au début, pour ceux des sports qui eurent le Vélodrome d'Hiver pour théâtre.

Les recettes au total furent belles. Les commissaires olympiques les avaient prévues plus fortes. Elles ont atteint 5.500.000 francs, c'est un chiffre coquet, qui bat de loin le record des recettes des précédents Jeux. A ce chiffre, il faut encore ajouter ceux des diverses concessions, buffet, programmes notamment qui porteront le total général à plus de six millions. Les recettes équilibreront-elles les dépenses ? Ceci est une autre histoire qui dépasse le cadre de cette rapide étude.

Au résumé, succès sportif, succès technique, succès financier, donc, dans l'ensemble, les VIIIes Jeux Olympiques furent bien ce qu'on prévoyait..
Aurait-il pu être plus grand ce succès ?

Oui, si les services qui relevaient de propagande eussent mieux rempli leur rôle. La propagande fut au-dessous de tout. Un simple exemple: exactement onze jours avant la journée d'ouverture de Colombes, une fédération recevait des milliers de timbres olympiques dits de propagande, reproduction des deux uniques affiches combien peu artistiques qui furent éditées ! c'était évidemment une liquidation des stocks! On pourrait multiplier cet exemple, mais, de ceci, nous reparlerons au Comité olympique français.

Hélas! il est cependant toute une catégorie de braves gens pour lesquels les Jeux sont un four. A Colombes, on escomptait la fortune. Quantités d'habitants avaient aménagé des chambres qu'ils se promettaient de louer aux prix forts. Ils attendent encore un locataire. Pour eux, ce n'est qu'un manque à gagner, pour d'autres, ce fut la perte entière de leur capital. Quantité de personnes louèrent ou achetèrent un coin de terrain où ils édifièrent des cafés, des bars, des guinguettes de toutes sortes, qui donnèrent, du reste, aux abords du Stade de Colombes, un fâcheux aspect de fête foraine, genre foire aux jambons.

Tous ces établissements ne firent pas d'affaires. On venait à Colombes pour assister aux Jeux, on n'avait qu'une hâte, la réunion terminée, de s'assurer un moyen de rentrer à Paris. Pour tous les gens qui eurent la fâcheuse idée de vouloir gagner de l'argent à Colombes, les Jeux Olympiques furent un four, et même un four noir.

PAUL CHAMP


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