| Excelsior 19 juin 1924 |
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A BAGATELLE ON A PU PRÉSENTER QUATORZE MILLE VARIÉTÉS DE SUPERBES ROSES Elles sont obtenues par des croisements. Au concours de roses qui vient d'avoir lieu à la roseraie de Bagatelle, la médaille d'or a été décernée à une rose jaune mêlée de terre de Sienne qui porte le nom de Angèle-Pernet. Les profanes se demandent souvent par quelle alchimie les rosiéristes obtiennent ces fleurs merveilleuses que l'on admire dans ces expositions. Quel chemin parcouru entre la rose primitive avec son rang unique de pétales presque plats, d'une couleur simple et d'une odeur rustique, et ces pétales enroulés, innombrables, aux tonalités composées et au parfum étrange que les horticulteurs proposent maintenant à notre admiration! Comment les rosiéristes ou pour leur donner le titre qu'ils préfèrent les, semeurs de roses obtiennent-ils le mariage des qualités particulières à plusieurs espèces de roses? Hybridations Ils ont recours à des hybridations, c'est-à-dire à des mélanges extrêmement délicats. Ayant choisi une espèce de rose qu'il destine à devenir la mère, le rosiériste l'ampute, avec de fins ciseaux, de ses étamines. Il doit procéder à cette opération d'une main assez légère, pour ne pas blesser la rose et pour éviter que le pollen de ses propres pistils ne vienne toucher les étamines. Avec un pinceau légèrement humide, le rosiériste prend ensuite un peu de pollen à la fleur dont il veut ajouter les qualités à celles de la première. Le pinceau vient déposer le pollen sur le pistil. Pour qu'aucun phénomène naturel, vent, abeille, oiseau, ne vienne troubler le jeu de ce croisement, la fleur ainsi ensemencée est mise à l'abri, par exemple dans une pochette de papier de soie. La fleur qui a subi ainsi l'apport d'éléments étrangers ne s'en trouve pas transformée, mais les graines qu'elle donnera par la suite produiront de nouveaux plants réunissant, en général, les qualités, et aussi les défauts, fragilité, petites imperfections des deux espèces dont le croisement a été réalisé ainsi artificiellement. Bien entendu, cette opération d'hybridation doit être faite à une époque où plusieurs semaines de belle chaleur feront ouvrir la graine. L'inverse de l'opération que nous avons décrite peut être aussi tenté, une fleur de la plante qui a servi de mère primitivement échappant à la mutilation des étamines et fournissant le pollen qui sera déposé sur le pistil d'une fleur de l'autre variété. De 10 à 14,000 variétés Peu à peu, les espèces de roses arrivent à se différencier incessamment. Et c'est ainsi que, tandis que Le Nôtre ne disposait, pour les jardins de Louis XIV, que d'une dizaine de variétés de roses, Joséphine pouvait en admirer, à La Malmaison, un peu plus de mille. et qu'à l'heure actuelle la roseraie de Bagatelle en possède à peu près quatorze mille variétés, collection admirable dont M. Jean Forestier, l'érudit conservateur, affirme qu'elle est encore incomplète. La roseraie de Bagatelle A la roseraie de Bagatelle, à l'encontre d'une croyance très répandue, on n'opère pas de croisements des roses. Mais on établit l'échantillonnage des merveilles que d'humbles rosiéristes créent pour notre joie dans le monde entier. Bagatelle est devenu ainsi le conservatoire des merveilles florales. En effet, lorsque la Ville de Paris prit possession de ce domaine, l'idée fut émise de garder son intérêt historique à ces bâtiments et à ces espaces ombreux, mais de leur donner un intérêt précis en y transportant les rosiers des jardins publics, plantes trop délicates et trop désirées des amateurs pour ne pas avoir à craindre les atteintes des passants. Au début de l'organisation de la roseraie, mille à douze cents espèces différentes avaient pu être réunies par la Ville de Paris, aidée par M. Gravereaux, le généreux donateur de ses propres collections. M. Jean Forestier, le conservateur des promenades de la Ville de Paris, prit alors l'initiative de demander à tous les rosiéristes du monde d'envoyer un exemplaire de leurs chefs-d'œuvre. Des concours de roses vinrent sanctionner ces envois. Collection unique au monde Et c'est ainsi que les Parisiens et leurs hôtes étrangers peuvent maintenant rassasier leur vue et leur odorat d'une collection unique au monde. Il n'est qu'une ombre au tableau. c'est que les auteurs de roses nouvelles, dont les créations viennent récompenser des années de patience et de recherches, ne peuvent que vendre un plant à des marchands, qui ensuite multiplient la plante originale et en répandent à leur bénéfice des milliers d'exemplaires. La fortune des revendeurs n'empêche pas les créateurs de mourir parfois de faim lorsqu'ils sont devenus impotents, ou de finir leur vie dans une pauvre cabane de bois, comme ce fut le cas de Levet, le créateur de Reine-Marie-Henriette, de Belle-Lyonnaise, d'Ulrich-Brunner, de Paul-Neyron et de tant d'autres joyaux végétaux. CHARLES D'AVRON. |
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