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L'Oeuvre 12 juin 1924


Après la démission du président de la République, un commentaire sur la lettre adressée aux citoyens.

Ce n'est plus qu'une "lettre"

Jadis, M. Millerand goûtait peu le style du président Félix Faure. Car ce n'est pas seulement à Casimir-Périer que M. Millerand s'en est pris, comme on le rappelait hier à la Chambre; il était dans sa destinée d'attaquer successivement tous les présidents de la République avant de le devenir lui- même. Ça ne l'a d'ailleurs pas empêché d'être suffoqué d'indignation quand on s'est permis de le critiquer à son tour.

Chose curieuse, et doublement curieuse; c'est une chicane d'ordre littéraire que M. Millerand cherchait à Félix Faure, qui venait de faire ses débuts dans le genre « message ». « Ce n'est pas nous, écrivait M. Millerand dans « la Petite République » du 30 janvier 1895, ce n'est pas nous qui songerons à nous plaindre du caractère incolore de la littérature personnelle du président. »

Croyait-il donc écrire lui-même d'une plume étincelante? Ou, déjà rêvant de l'Elysée, s'appliquait-il comme Renan à éteindre les couleurs trop vives de son style? Car, ajoutait-il, « moins la littérature du président aura d'accent, plus son auteur se rapprochera du type idéal du président tel que notre Constitution nous oblige à le concevoir.»

Je ne sais si la Constitution impose au président de la République le devoir d'écrire mal, comme l'affirme M. Millerand, mais il faut reconnaître loyalement qu'il y a réussi sans trop d'efforts. S'il avait aussi bien rempli les autres devoirs de sa charge, il est assez probable que personne ne lui eût reproché violemment l'originalité de ses épithètes et la pétulance de ses tours. Ce n'est pas l'excès de sa verve qui l'eût contraint à donner sa démission.

Nul ne contestera davantage que sa dernière production ne soit très convenablement présidentielle. Elle est, en vérité, aussi « incolore », aussi dépourvue d'«accent », que les pages les plus constitutionnelles de feu Félix Faure.

Si cette lettre au pays » n'ajoute rien à la gloire académique de M. Millerand, elle n'apprendra non plus rien de nouveau à son destinataire. L'essentiel de ce document, que l'on trouvera plus loin, tient dans cette phrase pesante et pénible: « Si notre Constitution remet le choix du chef de l'Etat uniquement aux mains des parlementaires, elle a eu du moins la prudence de disposer qu'une fois élu il n'aurait, sauf le cas de haute trahison, à rendre de comptes à personne pendant la durée de son septennat.

Bien que M. Millerand le répète avec une sombre obstination, il n'arrive pas à énoncer clairement cette énorme prétention de mégalomane. Alors, un président de la République peut tout se permettre pendant sept ans? Il n'a de comptes à rendre à personne »? Sauf à Dieu, sans doute.

Est-ce qu'on ne perdrait pas un peu la tête à respirer l'air trop capiteux de l'Elysée ? Réjouissons-nous que le candidat des républicains ait une tête vraiment solide...

Gustave Téry

(Voir en 2ème page la lettre de M. Millerand)


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