| Excelsior 29 juin 1924 |
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Le plus grand honneur que nous puissions faire à un de nos concitoyens ayant rendu de grands services au pays, c'est de le transporter au Panthéon et quand un veto formel de la famille s'y oppose, comme cela est arrivé pour Gambetta, on se contente alors de transporter le cœur dans une urne d'argent. Pour le cœur de Voltaire on sait qu'on l'a retrouvé, l'an passé, dans un coin de placard de la Bibliothèque nationale. On a retapé l'urne et on a laissé le cœur rue de Richelieu. Pour Louis XVI, la Restauration fit inhumer les restes et transporter à Saint-Denis; mais ici, un doute subsiste. Robespierre fut lui aussi enterré après son exécution dans le même cimetière qui fut transformé en cimetière de La Madeleine, qui se trouvait à peu près à l'endroit où on a récemment élevé une statue à Victorien Sardou. M. Barras, dans le tome I de ses Mémoires (p. 200), affirme que, sur son ordre, les suppliciés du 10 thermidor furent jetés dans la fosse du roi décapité et que « les cadavres de Robespierre, de Saint-Just, de Couthon sont ceux qui vinrent combler et fermer le cimetière de La Madeleine ». De telle sorte que lorsqu'on a exhumé Louis XVI sur les indications du fossoyeur Seveste, grand-père du pensionnaire de la Comédie-Française de 1870, on a pu fort bien prendre les restes de Robespierre à sa place. C'est un point qui a été parfois nié, mais n'a jamais été élucidé, Ah! les restes des hommes illustres! Récemment, à propos de l'arrêté de la Commune de 1791 qui ordonnait de transporter les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV dans l'église des Jésuites, enfermés dans des boîtes de vermeil, église démolie en 1793, je demandais ce qu'étaient devenus ces viscères royaux? M. G. Lenotre répond dans le dernier numéro de l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, et l'érudit historien assure que l'architecte Petit-Radel, chargé de l'enlèvement des dépouilles royales, mit de côté les deux cœurs. M. G. Lenotre ajoute : « On sait que le cœur humain, longtemps conservé, tel que celui des momies, contient une substance très recherchée, jadis, par les peintres. Un peintre paysagiste, nommé Saint-Martin, acheta à Petit-Radel les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV. ». L'artiste s'en servit pour ses couleurs; il en restait une bonne partie au retour des Bourbons et le peintre les remit au comte Pradel; ils seraient aujourd'hui conservés dans « l'armoire des cœurs », à Saint-Denis. M. G. Lenotre assure qu'il a pris ces détails dans un dossier des archives 03629. On peut donc vérifier. Mais quelles singulières destinées que celles de ces cœurs célèbres! Marat fut moins heureux après avoir été porté au Panthéon, on jeta ses restes à l'égout; ces soulèvements et ces à-coups des engouements populaires sont plus fréquents qu'on ne croit. Il y aurait une curieuse monographie à écrire. JEAN-BERNARD. |
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