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Comœdia 08 juin 1924


Au théâtre Cluny, " Sospif aux Olympiades "

Comedia a publié hier une scène amusante de ce nouveau vaudeville qui a ce mérite indéniable d'être de la plus immédiate actualité.

Tout en constatant l'heureuse impression produite sur un public soucieux avant tout de rire, qu'il nous soit cependant permis de regretter que M. Georges Rolle, qui n'en est pas à son coup d'essai, et dont nous avons pu maintes fois apprécier la dextérité, les qualités d'invention et la connaissance du théâtre, n'ait pas été requis par M. Gabriel Ténot pour un ouvrage d'un ordre moins élémentaire, principalement dans sa construction, et que M. Gabriel Ténot, directeur heureux, ne cherche pas à nous donner maintenant, dans le rayon du gai, une pièce plus digne de la vieille réputation du Théâtre Cluny.

Je n'entends point incriminer ici l'idée de ce Sospif aux Olympiades, va pour Olympiades qui est de bonne essence comique, non plus que son semblant d'intrigue sentimentale, qui rappelle celle de Papillon, dit Lyonnais le Juste, mais le laissser-aller, un peu gros, de son développement, le décousu des deux premiers actes, de beaucoup inférieurs au troisième, au cours duquel la pièce se décide, un peu tard, à être vaudevillesque.

Il semble que les auteurs aient travaillé hâtivement sur un canevas à peine ébauché, volontairement grossi, destiné à un public dont on flatte un peu trop le refus de tout sens critique et qui, soyez-en certain, rirait tout autant si l'histoire qui lui est contée se composait de scènes reliées entre elles par des fils plus solides, avec une plus nette apparence de logique,

Sospif est le diminutif de Sosthène... Sosthène est le garçon de l'hôtel du « Congre debout », dont le patron, désireux de gagner beaucoup en dépensant peu, le met à tous les emplois. Sosthène est tour à tour barman, valet de chambre, garçon de bain et plongeur. Plongeur il l'est doublement, en ce sens qu'il ne se contente pas de plonger la vaisselle et la verrerie dans la cuve de zinc, mais possède par lui-même des qualités nautiques éminentes. Or, nous sommes en pleines épreuves des Jeux Olympiques. L'hôtel du « Congre debout » ne désemplit pas ; des paravents, disposés au petit bonheur, font office de chambres.

Parmi les clients se trouve le champion de plongée. Coronas, qui n'est pas sans donner de fortes inquiétudes à son manager, lequel l'a choisi pour représenter la République de Saint-Marin. Coronas. buveur, noceur et admiré des femmes, délaisse le régime d'entraînement obligatoire. Vous devinez donc qu'il fera toutes les imprudences, boira plus que de raison, et qu'au dernier moment, avec la complicité de Sosthène, préposé en outre à ses soins, il se trouvera dans l'impossibilité de prendre part à l'épreuve. C'est Sospif qui plongera à sa place et, comme la piscine est alimentée à l'aide d'un tuyau adducteur qui passe sous l'hôtel et qui est pourvu d'une soupape, il sortira et rentrera, donnant l'illusion d'une capacité respiratoire formidable. Il bénéficiera ainsi de la gloire du vainqueur de l'épreuve, verra venir à lui toutes les femmes qui, dédaignant dès lors Coronas, sera demandé en mariage et, riche, n'accordera sa main qu'à la petite bonne Sophie, la seule qui, avant, ne le repoussait pas, au contraire. Coronas héritera des divers tabliers et des remontrances du patron…

Je le répète, ce sujet en vaut un autre. Il eût pu prêter à une satire épique. On ne voulut en faire qu'une farce sans prétentions. Elle abonde, d'ailleurs, en détails dont quelques-uns sont amusants, telle l'invention de l'apéritif servi dans une tétine, justement applaudie... Il y a aussi quelques personnages plaisamment typés.

M. Léo Rivière doit toutefois avoir recours à tout son prestige personnel sur le public, à son rire constant et à l'autorité que cela lui confère pour donner la fantaisie voulue au rôle de Sosthène. M. Charles Mahieu silhouette avec beaucoup de bonheur un Belge, très cousin de M. Beulemans; M. Robert Bossis s'adapte avec une suffisante conviction louons-le de n'en avoir au rôle du pochard Coronas. Mlle Marthe Lepers caricature avec une joyeuse véhémence une miss méridionale, sportive et hystérique; Mlle Andrée Cahuzac se plie gentiment au rôle d'une Américaine excentrique, se déshabille et s'habille en scène sans impudeur, et ayant incarné jadis l'Aiglon, prend, on le conçoit, malaisément l'accent anglais.

Afin de justifier la vedette, également américaine, que lui donne la direction, M. Marcel Sablon fait ce qu'il peut dans un rôle de second plan. De Mlles Léone Chanet, Suzanne Larzac, Gina Berty, de MM. Paul Forget, Gervais Cotty, Georges Villaret, il n'y a que du bien à dire, ainsi que de la mise en scène de M. A. Maurel et des décors charmants de M. Georges Rolle. Le spectacle se termine par une séance d'ombres en relief, quelques-unes fort suggestives, qui obtiennent le plus franc succès.

Armory.


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