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Le Petit Parisien 19 juin 1924


Ce qui est fabuleux, c'est que l'homme

POUR ET CONTRE

Il y a donc eu match entre un homme et une machine, entre un cerveau et un appareil, entre un calculateur prodigieux et une petite chose d'acier propre à calculer.

C'est l'homme qui a gagné d'une courte encolure, pour parler comme sur le turf. Et le résultat, certes, fait le plus grand honneur à Inaudi, qui est un phénomène, mais je trouve que, contrairement à ce que l'on a dit de ce match, le résultat fait encore plus d'honneur à la machine…

Qu'un cerveau humain, dans un labeur qui n'est pas labeur de force, batte la machine, cela me paraît très régulier. Ce qui me paraît fantastique, c'est que la machine, le pauvre objet glacé et mort, le pauvre objet qui n'est que ressorts et ferraille, puisse arriver à lutter avec l'homme... Ça, c'est magnifique... C'est la preuve éclatante de la perfection de la machine…

On aura beau faire, en effet... On n'arrivera jamais à construire appareil plus parfait que l'appareil humain, quand l'appareil humain est de bonne composition.

Nulle machine ne peut atteindre le degré de perfection, de sensibilité, de finesse et de précision de la machine humaine. Le cerveau est une merveille inégalable. Le mécanisme du cœur est prodigieux; c'est à coup sûr le plus extraordinaire, le plus miraculeux des mouvements d'horlogerie... Pendant des années, des années, des années, l'horloge bat, malgré toutes les gambades, tous les sauts, parfois toutes les folies, que peut faire le corps de la pendule.

Et, il y a, dans tout homme, la plus puissante force du monde, la vie, la vie qui est, qui reste, qui restera un mystère insondable, aussi insondable que le mystère des astres ou que celui de sous terre…

Et l'on a l'air de s'étonner qu'une méchante chose sortant d'usine, qu'une méchante chose privée de cette force essentielle qu'est la vie, privée de cet appareil de précision qu'est le cerveau, ne soit pas tout à fait à la hauteur de l'être humain...

Non, ce qui est fabuleux, c'est que la machine devienne presque l'égale de l'homme... C'est que l'homme soit parvenu à donner comme le souffle de la vie, comme la clarté de l'intelligence, comme l'émotion du cœur à de la matière inerte, à de l'acier, à du fer. Là est le prodige.

MAURICE PRAX.


retour - back 19 juin 1924