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L'Oeuvre 12 juin 1924


Dieu garde les chefs d'États de la politique

Hors-d'Oeuvre

Conseils aux viticulteurs

Tout le monde a entendu parler du mildiou et du phylloxera, maladies qui atteignent la vigne dans sa souche et menacent le cep dans son existence. Les viticulteurs savent, par surcroît, que la grappe est atteinte, fréquemment, d'une. affection accidentelle qui nuit à son développement et qui réduit à néant l'espoir de la vendange.

Cette affection s'appelle le « millerandage ». Je ne plaisante pas. Consultez les botanistes, les viticulteurs, ou tout simplement le dictionnaire. Je suis renseigné sur le « millerandage » par un article publié dans une revue spéciale, sous la signature de M. Gabriel Fauré (ce n'est pas le musicien; c'est un ingénieur agronome qui, par hasard, porte. le même nom).

Le millerandage» est une forme atténuée de la « coulure ». Il y a coulure lorsque les fleurs, qui sont des promesses, ne donnent pas naissance à des fruits, qui sont des réalités. La coulure, due à une mauvaise constitution de la fleur, est dite « constitutionnelle » (sic)... Il y a « millerandage » lorsque les fleurs de la vigne donnent naissance à des fruits avortés, à des grappes dérisoires. Le millerandage est dû à une vigueur exagérée des pousses parasites, par suite d'un excès d'engrais; il y a millerandage quand, autour d'un pied, il y a trop de fumier.

Peut-être comprendrez-vous mieux « millerandage » en lisant les journaux poli- tiques.

Le millerandage ou coulure est une affection constitutionnelle des hommes politiques. Ça donne des espoirs, ça donne des promesses, ça donne des fleurs. Au bout de vingt ans ou de trente ans, on s'aperçoit que ça fait des fruits secs. Adieu, paniers; vendanges sont faites…

Cependant, il est un cépage de luxe qui semble, par sa situation, à l'abri de ces vicissitudes et, par convention préalable, prémuni contre toute désillusion.

Il est entendu qu'un président de la République ne doit pas donner de fruits. Un président de la République, c'est uniquement une fleur qui dure sept fois trois cent-soixante-cinq matins, c'est une plante décorative et stérilisée, comme ces autres feuillages qui sont là, en location, pour orner les cérémonies officielles. Un président de la République doit se garder de concevoir des pensées et de mûrir des projets, sous peine de catastrophes.

Pourquoi sommes-nous obligés, après avoir pris l'avis du jardinier-chef de l'Elysée, d'embrouiller par une définition contradictoire l'idée que les viticulteurs se font du « millerandage »?

Le « millerandage », c'est une affection inconstitutionnelle, dont les gardes qui veillent aux portes du palais présidentiel ne défendent point le chef de l'Etat. C'est le virus politique qui pénètre dans la constitution de l'Irresponsable. C'est la fleur stérile qui veut donner naissance à un fuit monstrueux, à un fruit d'hiver qu'on cueille le 2 décembre, en piétinant les plates-bandes et en écrasant les bégonias.
Dieu garde les chefs d'Etat de la politique! Dieu garde du millerandage le successeur de M. Millerand! Quant à la République... Qu'importe à la République un fruit sec qu'on détache de la branche ? Mais que Dieu préserve la République des maux qui menacent le cep dans sa souche et la vigne dans son existence même !

Etes-vous bien, sûrs que la République n'est pas atteinte du mildiou ou du phyl- loxéra ?

G. DE LA FOUCHARDIÈRE.


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