| La Presse 15 juin 1924 |
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RÉFLEXIONS DU SOIR Le nouveau Président Après la Drôme et le Lot-et-Garonne, le Gard: en la personne de M. Gaston Doumergue, c'est le Midi qui triomphe à nouveau, pour la troisième fois en vingt-cinq ans, mais ce n'est pas le Midi qui se paye de mots et de gestes, c'est le Midi souriant et de bonne humeur, qui cache sous sa bonhomie apparente une grande finesse, et qui, sans avoir la froideur un peu raide ou distante du Nord, en a la patience et la ténacité. Le nouveau Président est un homme au sens droit, ferme et clairvoyant, qui sait ce qu'il veut et va, sans précipitation, au but qu'il s'est fixé. En politique comme en tout, il est indispensable d'avoir ce sens et cette clairvoyance. Certes, on y peut réussir parce qu'on est un brillant orateur, parce qu'on possède une imagination fertile, mais on n'y fait oeuvre utile et durable que lorsqu'on a du jugement et de la suite dans ies idées. M. Gaston Doumergue a ces qualités et d'autres encore, sans aucun doute, qui les accompagnent naturellement. Nous ne songeons pas à les faire entrer toutes dans ce portrait en raccourci. Mais il nous suffit de pouvoir compter sur celles- là pour que nous soyons rassurés sur le septennat qui s'ouvre. A l'Elysée, comme au Luxembourg, le nouveau Président saura servir la France avec cette intelligence, cette persévérance souriante et ce sentiment de ce qui convient, que ses adversaires eux-mêmes iui ont toujours reconnus. Les preuves qu'il a données de sa compréhension des intérêts supérieurs et permanents du pays et de son attachement à la République nous sont une garantie que la confiance que les représentants du pays ont mise en lui a été bien placée. Quand on a su envisager, comme le Président l'a fait jusqu'ici, les solutions les mieux adaptées aux grands problèmes de l'heure présente et mettre résolument la dignité et la sécurité de la France au-dessus de toute discussion, on peut assumer la plus haute charge publique sans crainte ni embarras. Avoir su regarder la France bien en face et la voir telle qu'elle est, blessée, mais confiante; avoir su taire ses préférences personnelles, à une heure grave, c'est avoir du courage, et du meilleur. Si la fonction présidentielle doit, plus que jamais, dans une Europe où tant d'orages grondent encore, rester au-dessus des compétitions et des passions rivales, on peut bien dire que nul mieux que M. Gaston Doumergue n'est capable de l'occuper et de la maintenir à cette hauteur. Le sentiment national, en France, reste extrêmement vif parce qu'il répond aux aspirations d'une démocratie à qui répugnent les aventures et les coups de force. Nous avons trop souffert des violences calculées de l'impérialisme agressif, nous portons trop de plaies mal fermées. encore, pour vouloir autre chose que la paix, la paix dans l'honneur et la sécurité. Le Président Doumergue qui va travailler, dès aujourd'hui, au-dessus des partis, à réaliser cette continuité de la politique française, restera dans cette tradition qui nous a permis de nous sauver en sauvant la liberté du monde. La France, qui se détourne d'instinct de tous ceux qui veulent l'affaiblir ou l'humilier, éprouve le besoin, plus que jamais, de reconnaître dans le haut désintéressement, l'impartialité et le patriotisme vigilant de son premier magistrat, les traits essentiels de sa personne morale. Elle ne sera pas déçue. ANDRE PAYER |
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