| L'Oeuvre 15 juin 1924 |
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Hors-d’oeuvre La fin d'un règne Précisément, l'Académie reçut Me Henri-Robert, gloire du barreau, à l'heure qui marqua la fin du règne des avocats. Voici, en effet, la définition du changement qui s'est produit en France dans l'ordre des choses: le règne des avocats a pris fin; le règne des universitaires commence. Longtemps le peuple français, qu'on gouverne aisément avec des mots, s'est laissé gouverner par des avocats, dont les types les plus représentatifs depuis feu Waldeck-Rousseau, furent incontestablement feu Millerand et feu Poincaré. Or, s'il est une profession dont les membres devraient être exclus de la politique, c'est la profession d'avocat. Certes, il faut à un homme politique une certaine aptitude à l'éloquence et une certaine souplesse d'esprit: ce sont des dons naturels que développe la gymnastique du barreau (et c'est toujours sur un barreau qu'un perroquet fait ses études). Mais une politique idéale, c'est-à-dire une politique qui tient compte de l'intérêt de la nation plus que des intérêts des individus (il s'agit là d'un point de vue platonique, ou plus exactement d'une conception platonicienne), suppose une certaine aptitude à la bonne foi, une générosité d'esprit qui tient un compte exact de la vérité et de l'erreur. La déformation professionnelle de l'avocat est exclusive de toute bonne foi. L'avocat a choisi sa cause, soit pour les honoraires, soit pour le beau rôle. Dès lors, il adapte à sa cause la vérité et les faits, il tient pour nuls et non avenus les faits qui ne viennent pas à l'appui de sa thèse; il veut tenir pour perfides et malfaisants les hommes dont le témoignage ne s'accorde pas avec sa vérité et il s'efforce de les discréditer. Or il sait fort bien, au fond de son cœur, que sa vérité est un mensonge. Lorsqu'il a gagné sa cause et fait triompher le mensonge par des artifices oratoires, il n'a pas le moindre remords... Au fond, le métier d'avocat n'est pas un joli métier. Ainsi firent Me Millerand et Me Poincaré, obstinés défenseurs de causes injustes. On dira ce qu'on voudra contre les universitaires, dont la formation est artificielle et l'idéalisme entaché d'idéologie... Mais justement, l'idéologie, c'est de l'idéalisme pédagogique canalisé, raisonnable. Et puis les idées, comme force dynamique, sont tout de même supérieures aux phrases, qui n'ont jamais fait tourner que les moulins à vent. Les pédagogues sont obligés d'apporter dans leurs études et dans leur conduite une sincérité consciente et renseignée. Ils sont obligés d'apporter dans le gouvernement des gosses un souci de justice qu'ils peuvent adapter au Gouvernement des hommes. On apprend à tout âge. Sans doute n'est-il pas trop tard pour donner à la République un maître d'école. G. DE LA FOUCHARDIERE. |
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