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Le Figaro 15 juin 1924


La France a un gouvernement au complet

En attendant les actes

La France a un gouvernement au complet. Il y a longtemps que ça ne lui était arrivé. Ce gouvernement est radical-socialiste; on ne peut plus radical-socialiste. C'est entendu. Mais c'est un gouvernement. Il vaut mieux que l'anarchie de ces quinze derniers jours. Et personne n'a trouvé le moyen de nous en fournir un meilleur, avant quelque temps.

Cette crise que nous venons de subir nous a montré combien était sage la vieille demoiselle anglaise dont la Méthode Robertson traça le portrait, pour les débutants quand son diner était brûlé, cette miss optimiste songeait à ceux qui sont sans pain, et trouvait son sort préférable; quand sa robe se fanait, elle se trouvait bien heureuse d'avoir, du moins, ce vieux vêtement à se mettre. Un jour, pourtant, dans une bourrasque de neige, suffoquée par le vent, glacée de froid, un instant, elle faillit se plaindre. Mais, tout de suite, elle se ressaisit: « Ça vaut mieux, dit-elle, que pas de temps du tout. » Le gouvernement radical, c'est un mauvais temps à passer, mais ça vaut mieux que pas de gouvernement du tout.
Et donc, nous avons un chef de l'Etat tout neuf et un nouveau président du Conseil.

Le Président de la République a fait partie des ministères Combes, Viviani, etc. C'est vrai; mais qu'en pense la presse allemande ? Que « son élection, à coup sûr, ne signifie pas une nouvelle. orientation de la politique française: Traité de Versailles, occupation de la Ruhr, montant maximum des réparations, telles seront, écrit le Tag, les directions de cette politique ». Ceci compense cela.

M. Herriot n'a point de socialistes unifiés dans son Cabinet radical-socialiste. Ce n'est pas de sa faute puisqu'il les avait engagés à partager le pouvoir avec lui. M. Léon Blum a repoussé l'invitation et promis l'appui de son parti, sur le vu de la lettre-programme que lui avait adressée le chef du parti radical. Mais M. Herriot, dans son offre de collaboration aux adversaires farouchée de l'occupation de la Ruhr, a proclamé que son parti ne croyait pas « possible d'évacuer, avant que les gages prévus par les experts eussent été constitués ».

Le nouveau président du Conseil vient de donner de la sincérité de cette croyance une preuve. Il a appelé à la guerre le général Nollet. Un général à la guerre Le Cartel des Gauches a dû frémir. N'y a-t-il donc plus d'agent de change? Et ce général est celui qui est le moins fait pour croire à l'établissement de la paix par le désarmement de la France. Il revient d'Allemagne. Il a présidé la Commission de contrôle. Il a, pendant des mois, lutté contre la mauvaise volonté, doublée de ruse, des vaincus récalcitrants. Il a pratiqué les Allemands et les connaît. Il les sait rétifs à la persuasion, et ne doit pas croire que la Société des nations, et le Tribunal de La Haye suffisent à assurer notre sécurité.

Quand M. Herriot assourdi par les chanteurs d'Internationale semblera sur le point de céder aux rêveurs de fraternité, le général Nollet lui demandera de se souvenir de ses tragiques grecs et lui rappellera qu'il y a des frères ennemis... M. Herriot a, bien entendu, donné cette signification, au concours que lui donne le général Nollet, et cette nuit, au Pelit Luxembourg, il a, devant la presse, exprimé l'espoir que « l'Allemagne ne s'y trompera pas ».

On aimerait à trouver dans le Cabinet d'autres noms aussi rassurants que celui du nouveau ministre de la guerre. M. Clémentel sera, paraît-il bien accueilli par les milieux financiers. Mais la présence de plus d'un des autres membres du gouvernement semble de nature à réjouir surtout le comité de la rue de Valois. Députés de la minorité, ils montraient dans la dispute un feu qui présage une singulière ardeur dans l'action.

L'opinion sera surprise de voir les radicaux revenir au système des porte-feuilles multiples, renforcés de serviettes de sous-secrétaires d'Etat. Les économies. qu'on réclamait « par en haut » tout l'hiver, ne sont-elles plus de saison cet été ? Va-t-on brûler en place de grève le rapport Marin? Une douzaine et demie de postes au lieu de onze ! Pourquoi pas un de plus ? M. Herriot n'a-t-il pas pensé à un sous-secrétariat à la Vie chère ? ou bien aurait-il craint de ne pas trouver un dix-neuvième ministrable ?…

Mais, sans parti-pris, attendons ce Cabinet aux actes. Il eut pu être le même, sans qu'au-dessus du Cartel vainqueur ait retenti l'avertissement des 515 voix de l'Assemblée nationale. Patientons.

Henri Vonoven.


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