| Le Petit Parisien 22 juin 1924 |
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EST-CE UN RUSSE? EST-CE UN CHINOIS ? Si c'est un Chinois, on peut admettre que M. Jeanbrau était visé. Si c'est un Russe, on se trouverait en présence d'un attentat bolcheviste La seule dépêche officielle par- venue jusqu'ici est un télégramme. du ministre de France à Pékin, donnant un bref récit de l'attentat. De son côté, l'agence Fournier publie la dépêche suivante, datée de Canton : Le commandant Jeanbrau, chef des affaires politiques de l'Indochine, arrivé à Canton le 18 juin pour arrêter le programme de la réception, avait reçu la promesse formelle des autorités locales de garantir la sécurité du gouverneur sur le territoire entièrement chinois. Sun Yat Sen envoya immédiatement son secrétaire privé près du gouverneur de l'Indochine pour lui exprimer ses sentiments de condoléances et les autorités chinoises agirent de même. La police chinoise envoya d'importantes forces pour protéger les abords de la concession, Shameen et donna ordre aux services de la sûreté, ainsi qu'à la police fluviale, de prendre toutes les mesures nécessaires pour l'arrestation du meurtrier. M. JEANBRAU : Nous avons publié hier une dépêche de Hong-Kong annonçant que l'attentat de Canton n'a sans doute pas été dirigé contre M. Merlin, mais contre M. Jeanbrau, directeur des affaires politiques et de la sûreté générale en Indochine, qui accompagnait le gouverneur à Canton. M. Jeanbrau, qui est, depuis que!ques années, le gendre de M. Albert, Sarraut, était, pendant la guerre, officier d'infanterie coloniale et fut spécialement chargé du service des renseignements en Indochine. Après les hostilités, il conserva au titre civil les mêmes fonctions, dans lesquelles il continua à rendre des services éminents malgré les difficultés considérables de la situation du pays. Il organisa, notamment, ia répression de la piraterie sur la frontière du Yunnan et la lutte contre les agitateurs de tout ordre qui tentaient de provoquer des soulèvements sur nos territoires. Il est évident que son activité a dû lui attirer des haines redoutables de la part de ceux qu'elle gênait. Dans ces conditions, on peut admettre que l'attentat dirigé contre lui provient, soit des dissidents du Yunnan, soit des bandes de pirates chinois auxquels Canton sert de refuge. Il se pourrait également qu'il ait été organisé par une des nombreuses sociétés secrètes qui existent en Chine et dont la doctrine principale est la haine de l'étranger. Un correspondant du Times affirme, par ailleurs, à son journal, que l'auteur de l'attentat serait un Russe. Cette thèse n'a pu jusqu'à présent être vérifiée. Si elle l'était, il faudrait admettre que l'on se trouve en présence d'un acte bolcheviste. Le gouvernement des soviets déploie en effet, depuis quelque temps, en Chine et particulièrement à Canton, une grande activité contre l’influence occidentale et il faudrait voir là une manifestation tragique de son hostilité. MM. GERIN ET PELLETIER : A Paris, dans les chambres de commerce américaine et française, on ne connaît guère les négociants qui ont été victimes de l'attentat ; pas plus M. Desmaretz, directeur de la société générale d'importation des soies de New-York, que MM. Gérin et Pelletier, négociants. Toutefois, M. Déchaud, président de la chambre syndicale de la soie, nous dit que l'une des victimes, M. Gérin, de la maison Gérin, Devard et Cie, était une personnalité très estimée du grand commerce d'Extrême- Orient. De souche lyonnaise, M. Gérin avail fondé, il y a de nombreuses années. déjà, ces comptoirs de la soie qui avaient plusieurs filiales à Canton, Hong-Kong, Tching-King, Fou-Tchéou, Shanghai, etc. La maison qu'il dirigeait était, nous dit notre interlocuteur, une des rares ayant lutté avec succès contre la concurrence étrangère. M. Pelletier était également d'origine lyonnaise. Dans diverses lettres, Il n'avait pu cacher à certains amis que la sécurité des Français dans la région de Canton était particulièrement compromise. C'est une impression identique que rapporte le neveu de M. Déchaud, qui rentre justement d'un long voyage d'affaires dans cette région. |
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