| Le Petit Parisien 15 juin 1924 |
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POUR ET CONTRE C'est à quatre heures vingt de l'après-midi que M. Gaston Doumergue, vendredi, est devenu Président de la République. Or, tout de suite, M. Gaston Doumergue, sans embarras ni contrainte, s'est affirmé Président. Je regarde les deux photographies que le Petit Parisien a données de lui, hier, après l'élection. Il salue, sur les deux photographies. Et, si j'ose dire, il a déjà le salut présidentiel, le salut large, affable, populaire qui doit être la manière d'un Président. Aussitôt après son élection, M. Gaston Doumergue prononce une allocution. C'est exactement, c'est absolument l'allocution qu'il devait prononcer... A tous les amis qui s'empressent, il répond par quelques mots que l'on cite. Ces quelques phrases, elles aussi. sont complètement dans la note du moment. Ce sont des mots « présidentiels ». Ainsi dès quatre heures vingt, vendredi, M. Gaston Doumergue s'est affirmé un Président accompli, ayant le mot, le geste et le sourire. Il ne faut pas s'étonner de cette immédiate adaptation. Le petit tableau récapitulatif que le Petit Parisien a donné de la carrière politique du nouveau Président explique cette immédiate aisance... Il y a trente ans que M. Doumergue est ou député ou sénateur. Il a été ministre des Colonies, il y a plus de vingt ans, pour une première fois. Il a été vice-président de la Chambre. Il a été ministre du Commerce et ministre de l'Instruction publique. Il a été président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, ministre de la Défense nationale. Il a présidé le Sénat… Somme toute, il a tenu tous les grades parlementaires avant de devenir le généralissime de la Constitution. Il n'a jamais quitté la carrière. Il n'a pas cessé, pendant trente ans, de pratiquer le même métier, le métier politique. C'est pourquoi, parvenu comme naturellement à la plus haute fonction publique, il s'est tout de suite trouvé à son aise et à sa place... Il avait appris, sans s'en douter, sans le vouloir, à être Président de la République... Le génie n'est pas une longue patience. Le génie est une fiévreuse impatience. Mais le métier parlementaire devrait être toujours une longue patience. Le pouvoir ne s'improvise pas. Il doit s'apprendre surtout dans une démocratie. Les affaires publiques ne se devinent pas et ce n’est ni dans la fantaisie, ni même dans le marc de café de la somnambule que l'on peut trouver la solution des problèmes publics. Comme le droit, comme la médecine, la carrière politique exige de longues études et une longue pratique. Le talent, ensuite, opère et met en lumière les praticiens émérites. Nous avons, au char de l'Etat, un conducteur qui a depuis trente ans son permis de conduire et qui depuis trente ans a conduit toujours droit, toujours prudemment, toujours doucement, toujours sérieusement. Je trouve que c'est très bien ainsi. Maurice PRAX. |
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