| L'Écho de Paris 12 juin 1924 |
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Le Bolchevisme a enregistré hier un premier et important succès, Le Parlement a franchi une impressionnante étape dans la direction de Moscou. Sous l'œil du parti communiste, la majorité de la Chambre est restée sourde et muette aux appels qu'adressait à sa sagesse et à son patriotisme, dans un langage de très haute et sobre éloquence, le président de la République, parlant au nom du bon sens, de l'autorité des lois constitutionnelles et des intérêts supérieurs de la France. Seul, un membre du parti soviétique a répondu par un torrent d'invectives et d'injures aux courageuses, nobles, habiles et opportunes interventions du président du conseil, M. François-Marsal, du ministre des colonies, M. Fabry, du ministre de la guerre, M. Maginot, et de M. Reibel, jadis ministre du cabinet Poincaré, tous anciens combattants, qui, dans cette crise parlementaire où ils défendaient les droits de la Constitution et les prérogatives du pouvoir suprême, ont apporté les qualités de sang-froid, de loyauté et de vaillance dont ils avaient administré ailleurs la glorieuse démonstration. Honneur à ces hommes de conscience et de cœur ! Honneur aux membres du cabinet François-Marsal qui dans les vicissitudes de la tourmente sont restés étroitement groupés autour de leur chef, respecté ! Et que dire de la majorité dominée par la dictature des communistes? Elle comprend, cependant, des hommes qui, comme chefs ou comme membres des gouvernements antérieurs, ont pesé les lourdes responsabilités que comporte l'exercice du pouvoir, ont apprécié les graves conséquences qu'entraîne toute atteinte aux lois fondamentales du pays et ont mesuré les redoutables dangers que crée la destruction ou même le simple ébranlement de l'autorité nécessaire. Ils savent aussi, ces hommes, qu'au regard de l'étranger, le chef de l'Etat représente, surtout au lendemain d'un bouleversement mondial, la figure inchangée de la France dans toute la majesté de son glorieux passé et dans tout l'essor de sa marche ininterrompue vers un idéal de justice, de liberté et de paix universelles. Ils n'ignorent pas que sur les principes fondamentaux qui, depuis toujours, servent d'assises à l'action de notre politique intérieure et extérieure, il existe entre les gouvernements une solidarité étroite dont le président de la République est, pour sept années, le gardien indispensable, respecté et immuable que le pays est menacé des plus lamentables aventures s'il est créé dans cette cohésion une brèche révolutionnaire qui ouvre la porte à toutes les entreprises extérieures et intérieures des ennemis de la patrie. Et, pourtant, aucun de ces hommes ne s'est dressé pour rappeler la majorité au respect des principes qui conditionnent le gouvernement régulier et fécond de notre pays; aucun d'eux ne s'est levé pour sauvegarder, surtout à l'extérieur, dans l'intérêt supérieur de la patrie, le prestige de la première magistrature, livrée désormais à toutes les mouvantes fantaisies des factions politiques, des clubs et des comités. Bien plus, ils se sont inclinés sous la férule moscovite, ces étranges hommes d'Etat frappés de mutisme, et s'ils n'ont pas chanté avec les tenants du soviétisme les couplets de l'Internationale, ils ont, du moins, mêlé leur bulletin à ceux du parti communiste, entraînant dans leur sillage certains pharisiens ambitieux, convertis de fraîche date, dont les proches et les amis ont flétri hier et flétriront encore demain la scandaleuse lâcheté. Le Sénat, lui, s'est drapé dans la toge neutraliste de Ponce Pilate. S’abritant dans la crise si grave que traverse la France derrière les arguties d'un règlement qui n'a rien de sacré, il n'a même pas voulu entendre la voix de la justice, de la raison et du patriotisme protestant contre la criminelle atteinte portée à l'inamovibilité conférée pour sept ans au premier magistrat de la République. Il s'est dérobé ! M. Millerand, après avoir épuisé tous les moyens légaux dont il disposait pour assurer le respect de la Constitution, descend du pouvoir simplement, noblement, entouré de l'estime et de la sympathie de tous les bons Français. Sa retraite que nous souhaitons très temporaire, sera auréolée par le souvenir des éminents services que l'ancien ministre de la guerre a rendus à la France aux jours les plus tragiques de son histoire contemporaine. Au milieu des veuleries dont le Parlement vient de donner l'odieux spectacle, ceux qui ont vu à l'œuvre l'ancien président de la République, diront de lui : « C'est un caractère !» Et comptant sur son action politique de demain, ils ne cesseront pas d'avoir confiance dans un avenir meilleur pour les destinées de la patrie. Général de CASTELNAU. |
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