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Journal des débats 29 juin 1924


Les institueurs révolutionnaires

LES INSTITUTEURS RÉVOLUTIONNAIRES

Le congrès de 1924

C'est à Paris que se tiendra, les 5, 6 et 7 août, le congrès de la Fédération extrémiste de l'enseignement laïque. On y traitera de l'enseignement de l'histoire, de l'éducation rationnelle (au sens révolutionnaire du mot), et aussi, à propos du « rapport moral », des projets de fusion avec le Syndicat national. La veille du congrès de la Fédération auront lieu les réunions annuelles des jeunes instituteurs révolutionnaires (groupes de jeunes) et des institutrices révolutionnaires (groupes féministes de l'enseignement laïque). Toutes ces réunions se tiendront dans les bureaux de la C. G. TU.

«L'enseignement de la haine
Ce que les instituteurs révolutionnaires appellent l'enseignement de la haine », c'est tout simplement l'éducation patriotique, et ils viennent de publier dans le bulletin officiel de leur Fédération un long factum à ce propos. Ils y relèvent des phrases empruntées à divers manuels scolaires auxquels ils reprochent de faire du gavage patriotique ». Et voici, par exemple, quelques-uns des textes que ces instituteurs et ces institutrices condamnent absolument:

«Notre patrie est la plus humaine des patries. (Lavisse.)
Cette France, votre patrie, vous l'aimerez de toutes vos forces. Vous pouvez être fiers d'elle, car jamais elle ne fut si grande et si glorieuse.» (Lavisse.)
«Jamais plus la France ne fera la guerre, à moins que sa vie et son honneur ne soient menacés comme ils l'ont été en 1914. » (Lavisse.)
La France républicaine, la France démocratique travaille à faire luire un peu plus de fraternité sur moins de misère de tout, ordre. (Gauthier et Deschamps.)
«Servir sa patrie est le seul moyen efficace de servir l'humanité.» (Mironneau.)

Tout cela paraît abominable à la Fédération de l'Enseignement. Elle déclare que le « mal est profond » et qu'« il faut essayer de l'enrayer ». Ce qui la console, un peu, c'est que « des milliers d'instituteurs et d’institutrices se refusent à glorifier la guerre et tâchent d'ouvrir les intelligences enfantines à la notion d'humanité ».

Mais il faut faire plus encore, et la Fédération va transmettre aux syndicats ouvriers et aux groupements d'avant-garde le relevé, par maison d'édition, de tous les livres contenant des passages « chauvins » (on vient de voir ce qu'elle appelle ainsi). Ces groupements interviendront auprès des éditeurs pour leur demander la suppression des textes incriminés, et, si les éditeurs s'y refusent, leurs livres seront boycottés. Les maisons d'édition seront ainsi « frappées au point sensible, le coffre-fort » et elles procéderont à une refonte des ouvrages boycottés.
En même temps, l'Internationale de l'Enseignement prépare un livre d'histoire « supranationale » dont les instituteurs et les institutrices révolutionnaires s'inspireront dans leurs leçons orales.

JEAN LE MÉE.


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