| Le Petit Parisien 29 juin 1924 |
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POUR ET CONTRE C'est une modeste information. La commission sénatoriale de législation civile a approuvé la proposition de M. Poulle tendant à permettre aux tribunaux d'interdire, de façon temporaire ou définitive, l’exercice de la médecine aux médecins condamnés pour trafic de stupéfiants. On est tenté tout d'abord, en prenant connaissance de cette petite nouvelle, de s'écrier: « A la bonne heure! » Mais si on prend la peine de réfléchir, on s'écrie, avec beaucoup plus d'à-propos: « Ça, c'est raide. » Certes, c'est raide. Ainsi, dans l'état actuel de notre idyllique législation, le bon docteur qui se fait pincer, comme le Grand Frisé ou comme Julot du Sébasto, en train de débiter aux piqués des deux sexes de la coco ou de la morphine risque quelques mois de prison peut-être, mais ne risque pas de perdre le droit de « soigner » les malades. Il a toute liberté pour continuer, après quelque entr'acte cellulaire, l'heureux cours de ses exploits... Il n'a qu'à déménager, qu'à faire peau neuve et la loi tutélaire le protège... Ceux par exemple que la loi ne protège point, ce sont les malheureux malades qui tomberont, victimes dolentes et ignorantes, chez l'empoisonneur diplômé. Les pauvres gens! S'ils sont débiles, s'ils souffrent, s'ils désespèrent, le cher docteur aura vite fait de les intoxiquer, de les abrutir, de les rendre esclaves du poison insidieux, de la drogue diabolique. Il n'aura pas besoin de recommander à ses « malades» de venir souvent le voir. Ils viendront. Ils assiégeront sa porte. Ils ramperont jusqu'à lui. Il pourra vraiment avoir une riche clientèle. Il ne faut pas trop s'étonner de cette extraordinaire pusillanimité de nos lois. Nos lois, en effet, sont presque toujours dénuées de sens pratique et de psychologie. On apprend à tout élève de philosophie que la Société n'a pas le droit de se venger, ni celui a punir », qu'elle a le droit seulement de se préserver, de se défendre. Or, nos lois pénales semblent, pour la plupart, avoir été faites tout simplement pour « punir» sans autre principe. Quand elles envoient un coupable en prison, elles sont pleinement satisfaites et bornent là leur action... Il y a la prison. Il y a le bagne. Il y a même l'échafaud. Il y a aussi l'amende. Nos lois ne connaissent pas autre chose que la peine... C'est le système du Père Fouettard. Il devrait y avoir un autre système que celui-là. Il devrait y avoir le système défensif. Ce qui n'empêcherait pas d'appliquer le système du Père Fouettard. Il faudrait que nos lois pénales ne soient pas seulement lois de punition. Il faudrait qu'elles soient en même temps lois de préservation et lois de défense et de prudence. Fourrer en prison un docteur trafiquant de coco, un financier voleur, c'est justice. Mais permettre à ces coquins de recommencer, c'est folie. La prison, c'est une drogue, mais la sagesse, c'est un remède... Mieux vaut encore le remède que la drogue. Maurice Prax, |
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