Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Oeuvre 15 juin 1924


On ne demande, en somme, au gardien de la Constitution

Un franc ennemi

Au moins, M. Vonoven a le succès modeste. Il se souvient tout à coup qu'autrefois le directeur du Figaro se nommait Calmette, et que M. Doumergue n'a pas été « juste » pour lui. C'est fort discret, comme tout ce qu'écrit notre confrère, mais c'est tout de même suffisant pour nous remettre en mémoire qu'en effet le sénateur Doumergue n'avait pas voulu la mort de Caillaux, ni même sa condamnation.

Il est donc assez gênant pour le rédacteur du Figaro, qui fut l'ami de Calmette, de présenter aujourd'hui M. Doumergue comme son homme; presque aussi gênant que de plaider la cause de Millerand, vilipendé par son «patron», M. Coty, dans le même journal. Il faut tout le talent de M. Vonoven pour s'en tirer; mais on se demande parfois comment les abonnés du Figaro s'y reconnaissent.

Ils sauront pourtant, dès aujourd'hui, qu'ils auraient tort de se réjouir de l'élection présidentielle. «Ne nous y trompons pas », observe sagement M. Vonoven; « cette victoire si importante » n'a, tout compte fait, aucune importance. « Le ministère de M. Herriot ne changera pas de programme et sa lettre à M. Léon Blum demeure, sans doute, le thème de sa déclaration ministérielle. » Oui, sans aucun doute, et voilà l'essentiel.

Le premier mot de M. Doumergue a été pour déclarer: « Nul plus que moi ne sera respectueux de la Constitution. » Il n'en fallait pas plus pour faire comprendre à tout le monde, et tout le monde a compris, que le nouveau président de la République s'applquerait à faire exactement le contraire de son prédécesseur. Il n'était besoin de rien ajouter; M. Doumergue ajouta cependant pour ne laisser place à aucune équivoque : « Nul plus que moi ne s'inspirera des volontés du Parlement, expression de la souveraineté nationale. » C'est dire nettement que le chef de l'Etat fera de son mieux pour faciliter la tâche des nouveaux gouvernants, au lieu de leur tirer dans le dos ou dans les jambes. On ne lui en demande pas plus. On ne demande, en somme, au gardien de la Constitution que d'être lui-même constitutionnel ». Ça n'a l'air de rien, et c'est toute l'affaire.

M. Vonoven est trop clairvoyant pour s'y méprendre, et il en ressent un peu de mélancolie. C'est tout juste s'il lui reste, pour se consoler, la ressource d'appeler encore M. Doumergue « l'élu de la droite », avec une hésitation que trahissent les guillemets; mais il note incontinent que « M. Herriot, on le sait bien, est lui aussi un homme de droite... » Hein? Qu'est-ce à dire ? Attendez: « de la droite du cartel ». Comme ça, oui.

« Ces deux hommes (MM. Doumergue et Herriot) seront d'accord souvent », conclut M. Vonoven. Il ajoute, pour la forme : Trop souvent. » Mais c'est pour convenir aussitôt que le président Doumergue, représenté comme « l'élu de la droite », est en réalité « un républicain de gauche ». Parfait. Que la droite en élise beaucoup comme celui-là !

Alors, comme dit M. Painlevé, « la République continue ? »
Mieux: elle commence.

Gustave Théry


retour - back 15 juin 1924