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Comoedia 15 juin 1924


Un préfet, un sous-préfet peut pratiquer l'arbitraire

Cinémas

SUR ÉCRAN

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Un préfet, un sous-préfet peut pratiquer l'arbitraire, même l'absurde, même l'illégal, sans qu'il lui en nuise autrement. Tous deux ont à leur disposition trop de décrets, d'arrêtés, d'ordonnances pour ne pas trouver dans cette suite de paperasses telle formule, tel article justifiant fantaisie, bêtise ou abus de pouvoir officiels.

Quand la gaffe est trop forte, l'excès trop large, celui qui en est victime proteste. Il trouve dans la presse écho, compassion, protestation. Le haut fonctionnaire se moque, hausse les épaules et passe à un nouveau genre d'exercice, voire à un grade plus élevé dans l'administration ou dans la Légion d'honneur. N'a-t-on point décoré Barnier? Vous savez, ce Barnier qui, dans le Var, traque les directeurs de cinéma, prétend leur imposer sa censure personnelle, sans vouloir tenir compte du visa gouvernemental et officiel donné aux films par le Ministère des Beaux-Arts.

Mais laissons ce tyran de province pour nous occuper de quelques-uns de ses moindres congénères, les maires et leurs conseillers. Ces braves gens ont quelque peine à équilibrer le budget municipal. Qui donc leur fournira les ressources nécessaires? Assurément pas les cafés, les salles de bal et autres établissements... électoraux. Le théâtre, pas davantage : maire, adjoints et autres édiles, leurs dames aussi, ont des billets de faveur.

Mais il y a le cinéma, il est là pour un coup, celui du père François. L'Etat lui a flanqué une taxe énorme; il l'acquitte volontiers bien qu'il ait l'air de rechigner et de réclamer auprès des sénateurs et députés par l'organe de tous ses groupements corporatifs.

Allons donc! le cinéma est richissime; il dépense des millions pour un seul film que vont voir des millions de spectateurs. Le cinéma, ce veinard, thésaurise. Avec rien, une lanterne et un rouleau de pellicules, son affaire est montée; elle marche sans frais ou presque... Il joue jusqu'à trois fois par jour... quelle galette ça représente! Il peut, il doit payer. Tapons dessus!

Et l'on tape! 8, 10, 12, 14 pour cent, rien que pour la municipalité. «Sucrons-nous », dit la commune. « Mais l'Etat nous sale déjà si fort », répond le malheureux directeur. « Je m'en fiche », conclut le maire en son parti pris.

Voilà pourquoi, voilà comment les établissements de Boulogne-sur-Mer ont clos leurs portes... Voilà pourquoi, dans quelques jours, ceux de Levallois vont être contraints de les imiter.

Le personnel sera sans emploi, le public sans distraction saine, les directeurs préparés à la faillite, l'Etat lésé dans ses rentrées financières... la commune aussi d'ailleurs... « Qu'importe ! » dit cette dernière... Réfléchissez, monsieur le maire.

J.-L. Croze.


retour - back 15 juin 2024